Origine et histoire de la Collégiale Notre-Dame
La collégiale Notre-Dame de Melun fut fondée entre 1016 et 1031 par le roi Robert II le Pieux, sur l’emplacement d’une église antérieure. Ce projet s’inscrivait dans la prise de contrôle du comté de Melun par les Capétiens, qui y possédaient un château voisin. La nef, les bas-côtés, le transept et les bases des clochers, de style roman, furent construits dès cette période. Les tours, typiques des édifices religieux capétiens du XIe siècle, furent achevées vers 1100. Douze chanoines y furent installés, et le plafond en bois d’origine fut remplacé par des voûtes d’ogive après un incendie au XIIe siècle.
Au XIIe siècle, le chœur fut reconstruit dans un style gothique naissant et consacré en 1198. La collégiale devint un lieu de cérémonies royales, comme le mariage d’Isabelle, fille de Saint Louis, avec Thibaut II de Navarre. Les clochers, datés du XIe siècle, furent restaurés entre 1515 et 1524 sous François Ier, dont la salamandre orne les restaurations. Le portail central, refait au XVIe siècle, arbore des médaillons sculptés de figures médiévales, tandis que les vantaux latéraux, du XVIIIe siècle, reprennent ces motifs.
Au XVIIIe siècle, les chapelles latérales furent détruites (1773), entraînant la dispersion du célèbre Diptyque de Melun de Jean Fouquet, aujourd’hui conservé entre Anvers et Berlin. La Révolution dispersa les chanoines, et l’église, fermée en 1844, fut restaurée de 1851 à 1862 grâce à une loterie publique. Les tours du chevet, démontées puis remontées, intégrèrent des matériaux anciens. Endommagée lors des bombardements de 1940, la collégiale vit ses vitraux refaits en 1955 par Calixte Poupart, illustrant la Vierge Marie et des saints locaux.
L’orgue de la collégiale, initialement un orgue de salon fabriqué en 1851 par Aristide Cavaillé-Coll pour la cantatrice Pauline Viardot, fut installé en 1883. Son buffet néo-Renaissance, orné de motifs musicaux et de monogrammes, témoigne de son histoire mouvementée, ayant voyagé entre Paris, Baden-Baden et Bougival. Classé Monument Historique en 1989 (partie instrumentale) et 2013 (buffet), il attend toujours une restauration complète. Une balafre due à un éclat d’obus de 1940 reste visible sur sa console.
Le Diptyque de Melun, commandé vers 1450 par Étienne Chevalier, trésorier de Charles VII, représentait une Vierge allaitante (peut-être inspirée d’Agnès Sorel) et le commanditaire avec saint Étienne. Placé au-dessus du tombeau d’Étienne Chevalier, il fut vendu en 1775 pour financer des travaux. Ses deux panneaux, séparés, sont aujourd’hui conservés au Musée royal des beaux-arts d’Anvers et à la Gemäldegalerie de Berlin. Une reproduction photographique est exposée dans la collégiale.
Classée dès 1840, la collégiale fut restaurée entre 2003 et 2005 par Jacques Moulin. En 2013, Melun célébra son millénaire avec des manifestations culturelles, et La Poste émit un timbre commémoratif. L’édifice, marqué par des styles architecturaux variés (roman, gothique, restaurations modernes), reste un témoignage majeur du patrimoine capétien et religieux en Île-de-France.