Origine et histoire de la Collégiale Notre-Dame
L'ancienne collégiale Notre‑Dame de Montataire, dans l'Oise, est une église catholique édifiée à la fin du XIIe siècle comme collégiale seigneuriale et annexe du château voisin. La nef romane et les bas‑côtés datent de cette période ; vers 1225‑1230 on a ajouté des portails gothiques et voûté les bas‑côtés, tandis que le voûtement de la nef, amorcé, restera inachevé. Entre 1250 et 1260 le chœur primitif a été remplacé par un vaste chœur gothique rayonnant, considéré comme l'une des réalisations majeures de la région. Malgré un plan irrégulier et parfois asymétrique, l'édifice se distingue par son élégance, sa légèreté, la qualité sculpturale de ses chapiteaux et sa décoration soignée. La collégiale a traversé les guerres sans destructions notables ; l'église paroissiale Saint‑Léonard a été abandonnée au profit de la collégiale à une date indéterminée. La Révolution a supprimé le chapitre de chanoines mais n'a pas entraîné la démolition du bâtiment. Classée au titre des monuments historiques dès la liste de 1862 pour la qualité exceptionnelle des parties orientales, l'église a bénéficié de plusieurs campagnes de restauration depuis le XIXe siècle. Elle est aujourd'hui peu utilisée pour le culte, la paroisse privilégiant l'église du Christ Ressuscité, inaugurée en 1962.
L'édifice occupe un site excentré rue de l'Église, au bord d'un plateau qui domine les cités ouvrières et le centre‑ville de Creil ; il forme avec le château un repère paysager visible de loin. L'accès s'effectue par la pittoresque rue de l'Église, taillée de sections en escaliers et bordée d'anciennes habitations troglodytiques, ou par l'étroite rue du Panorama taillée dans la roche ; d'autres voies permettent l'approche depuis le nord. Un grand parvis précède la façade occidentale et offre une perspective sur le monument ; la façade nord est visible depuis le domaine public, la façade sud est en revanche masquée par un jardin clos jouxtant l'enceinte du château, et le chevet disparaît progressivement à l'approche car il est bâtI au bord du plateau.
L'origine documentaire de la collégiale reste inconnue ; le fief dépendait de la couronne et était confié aux comtes de Beaumont à la fin du XIIe siècle. La nef romane se reconnaît au petit appareil et aux fenêtres à doubles ébrasements bouchées, la reconstruction des bas‑côtés se situe vers 1220‑1225, et la construction du chœur et de ses collatéraux vers 1250‑1260. Le chœur, composé de trois vaisseaux sensiblement de la même hauteur, se rapproche du concept de chœur‑halle tout en se terminant par une abside polygonale très prononcée, disposition plus fréquente dans le centre et le sud de la France. Un chapitre de quatre chanoines, nommés par l'évêque de Beauvais, desservait la collégiale ; le chapitre possédait notamment le patronage de la cure de Puiseux‑le‑Hauberger et trois chapelles desservies par des chapelains. La collégiale a conservé de nombreuses dispositions médiévales sans subir de reconstructions d'envergure aux XVe‑XVIe siècles.
L'église est orientée légèrement vers le sud‑ouest ; elle se compose d'une nef non voûtée de trois travées flanquée de deux bas‑côtés, d'un transept peu saillant, d'un chœur de quatre travées terminé par une abside à cinq pans, d'un collatéral nord de deux travées complété par une chapelle basse, et d'un collatéral sud de trois travées dont la dernière, la chapelle de la Vierge, est voûtée à la même hauteur que le vaisseau central. Hormis la nef, l'ensemble est voûté d'ogives ; les grandes arcades en tiers‑point et les chapiteaux, parfois ornés de crochets et de feuillages naturalistes, traduisent la qualité de l'exécution. Les quatre piliers isolés de la nef portent des chapiteaux d'une grande vigueur sculpturale ; le deuxième pilier du sud conserve un décor exceptionnel, avec chimères et dragons formant un motif probablement allégorique.
La croisée du transept et le chœur forment un ensemble homogène d'inspiration rayonnante, lumineux et élancé ; les travées droites aboutissent à l'abside dont le remplage délicat et les arcatures aveugles décorées de têtes trilobées témoignent d'un soin ornemental rare dans la région. La troisième travée et l'abside sont voûtées par une voûte à huit voûtains, proche d'une moitié de voûte sexpartite ; les clés de voûte portent des couronnes de feuillages et la polychromie appliquée au XIXe siècle cherche à imiter un état ancien. La chapelle de la Vierge possède une importante verrière colorée et abrite la seule œuvre classée au titre des monuments historiques de l'église : une Vierge à l'Enfant en calcaire polychrome de 165 cm, datée du second quart du XIVe siècle, dont certaines parties et la polychromie ont été remaniées.
Les croisillons et collatéraux conservent des arcatures aveugles et des fenêtres au remplage varié ; le croisillon sud porte les traces d'une ancienne hotte de cheminée, indice d'équipements présents dans l'église romane. La base du clocher, surmontée d'un étage de beffroi percé de baies abat‑son, se termine par une plate‑forme rare dans la région ; la décoration comporte des archivoltes, des colonnettes, une frise de crochets et quelques gargouilles.
À l'extérieur, le contraste entre la nef plus basse et les parties orientales élevées, les pignons aigus des bas‑côtés couverts en pierre, la frise de crochets et le soin apporté au remplage confèrent à l'édifice une silhouette caractéristique. La façade occidentale est soulignée par une galerie de circulation sous la grande baie, accessible par une tourelle d'escalier, et par deux portails en anse de panier : le portail occidental, marqué par le souvenir d'un porche du XVIe siècle, et le portail méridional, mieux conservé et précédé d'un porche sous un gâble aigu. Le tympan du portail méridional, avec un groupe de l'Annonciation remanié au XVIe siècle, a été mutilé durant la Révolution.
Des campagnes de restauration successives — notamment sous la direction d'E. Duthoit dans les années 1870‑1880, de Sainte‑Anne Auguste Louzier, de Charles Albert Potdevin en 1918, de Charles Fassier en 1924 et de Jean‑Pierre Paquet dans les années 1940‑1950 — ont assuré la consolidation des murs, la réparation des couvertures et la remise en valeur des voûtes orientales. Malgré ces travaux, l'ancienne collégiale reste aujourd'hui peu utilisée pour les offices, mais elle demeure un monument remarquable du patrimoine local.