Origine et histoire de la Collégiale Notre-Dame
La collégiale Notre-Dame de Villeneuve-lès-Avignon est un monument emblématique du gothique méridional, construit au XIVe siècle dans le département du Gard, en région Occitanie. Elle fut érigée à l’initiative du cardinal Arnaud de Via, neveu du pape Jean XXII, qui consacra l’édifice en 1333. Ce projet s’inscrit dans le contexte de l’installation de la cour pontificale à Avignon, qui dynamisa le développement urbain de Villeneuve-lès-Avignon, attirant cardinaux et dignitaires ecclésiastiques.
La fondation de la collégiale s’appuie sur un acte du 7 août 1333, par lequel Arnaud de Via dote l’église d’un chapitre de douze chanoines, ainsi que de son palais, de jardins et de terres environnantes. À l’origine chapelle privée du cardinal, l’édifice devient une collégiale après sa mort en 1335, lorsque les chanoines entreprennent des transformations majeures : réorientation du chœur, construction du cloître (1336), et ajout du clocher-beffroi (1362). Ces modifications reflètent l’ambition architecturale et spirituelle des fondateurs.
Au fil des siècles, la collégiale subit des ajouts notables, comme la chapelle du Saint-Esprit en 1540 ou la voûte à cinq branches du chœur des chanoines, réalisée par Jean-Baptiste Franque entre 1746 et 1749. La Révolution française marque un tournant : le chapitre est dissous, et l’église, autrefois palatiale, devient paroissiale à la place de l’église Saint-Pons. Classée monument historique dès 1862, elle bénéficie de restaurations continues, dont une campagne majeure de 1992 à 2019.
L’architecture de la collégiale allie sobriété et richesse décorative. Sa nef unique, flanquée de chapelles latérales, illustre le style provençal, tandis que le cloître, aux arcades ogivales, évoque l’influence des palais avignonnais contemporains. Les façades, rythmées par des contreforts et percées de portails gothiques, culminent avec le clocher-beffroi, symbole de sa puissance médiévale. À l’intérieur, les chapelles abritent des œuvres remarquables, comme le gisant du cardinal Arnaud de Via ou une copie de La Pietà d’Enguerrand Quarton.
Le statut patrimonial de la collégiale est renforcé par son classement précoce en 1862, soulignant son importance historique et artistique. Les restaurations, notamment celles du XIXe siècle (ajout de mâchicoulis en 1877) et du XXIe siècle, visent à préserver son intégrité. Aujourd’hui, elle reste un lieu de culte actif et un témoignage exceptionnel de l’art gothique en Provence, lié à l’histoire mouvementée de la papauté d’Avignon.
Son histoire reflète aussi les bouleversements politiques et religieux de la région, des guerres de Religion à la Révolution. Les sculptures endommagées lors de ces conflits, comme les scènes de la vie du Christ, rappellent les tensions qui ont marqué son passé. Malgré ces épreuves, la collégiale conserve une place centrale dans le patrimoine occitan, attirant visiteurs et fidèles par son héritage à la fois spirituel et architectural.