Origine et histoire de la Collégiale Notre-Dame-des-Anges
La collégiale Notre-Dame-des-Anges de L'Isle-sur-la-Sorgue, située dans le Vaucluse, trouve ses origines dans un édifice roman érigé en collégiale en 1222 par l'évêque de Cavaillon. Peu d'informations subsistent sur cette première construction, mais on sait qu'au XVe siècle, des travaux d'agrandissement furent entrepris pour reconstruire le chœur. En 1547, l'édifice, menacé de ruine, fit l'objet de plusieurs projets de restauration, restés sans suite jusqu'en 1640, date à laquelle l'écroulement du chœur imposa sa reconstruction à l'identique.
La reconstruction totale de la nef fut lancée en 1645 selon les plans de l'architecte avignonnais François de Royers de la Valfenière. Les travaux, débutés en 1647, s'achevèrent vers 1668, mais la nef resta initialement couverte d'une voûte de bois. Grâce à la générosité du prévôt de Casal, celle-ci fut remplacée en 1670 par une voûte de pierre. L'église, dédiée à Notre-Dame des Anges et placée sous le patronage de l'Assomption, fut consacrée le 29 mai 1672. Son décor intérieur, marqué par une forte influence italienne, fut enrichi jusqu'au XVIIIe siècle, notamment par des œuvres issues de couvents supprimés en 1791.
Classée monument historique le 4 avril 1911, la collégiale se distingue par son plan simple : une nef unique de six travées flanquée de chapelles latérales non communicantes, et un chœur plus étroit, reflétant les différences d'époque entre ces parties. La façade, sobre mais élégante, est rythmée par des pilastres et colonnes engagées, tandis que l'intérieur surprend par sa décoration baroque exubérante. Le chœur abrite un retable doré du XVIIe siècle, orné d'un tableau de Reynaud Levieux représentant l'Assomption de la Vierge (1680), encadré de statues de saints et d'allégories des Vertus, sculptées par Jean Péru à partir de 1688.
Les chapelles latérales, dédiées à divers saints et mystères religieux, recèlent des retables sculptés, des tableaux de maîtres provençaux comme Pierre Parrocel ou Nicolas Mignard, et des boiseries dorées réalisées par des artisans locaux tels Esprit Grangier ou Benoît Gilibert. Parmi les œuvres notables figurent une Descente du Saint-Esprit copiée d'après Charles Le Brun, ou encore un tableau commémorant la fin de la peste de 1636, peint par Guillaume-Ernest Grève. L'orgue, construit par Charles Royer en 1648 puis remanié par Giovanni Mentasti en 1827, témoigne également de l'influence italienne dans la région, liée à la présence historique de la papauté en Avignon.
L'édifice illustre ainsi l'évolution architecturale et artistique d'une église provençale, marquée par les reconstructions successives et l'enrichissement progressif de son décor, reflétant à la fois les traditions locales et les apports stylistiques transalpins. Son classement au titre des monuments historiques souligne son importance patrimoniale, tant pour son histoire que pour la qualité exceptionnelle de son mobilier et de ses décors intérieurs.