Origine et histoire de la Collégiale Notre-Dame-en-Vaux
La collégiale Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne, édifiée entre les XIIe et XIIIe siècles, remplace une chapelle attestée dès le IXe siècle près de la rivière Mau. Son histoire débute avec une bulle papale de 1107 confirmant les biens du chapitre, suivie d’une charte de 1114 précisant l’entretien par les chanoines. L’effondrement partiel en 1157, mentionné dans les chroniques de l’abbaye Saint-Pierre-aux-Monts, accélère sa reconstruction en style gothique primitif, financée par l’augmentation des prébendes autorisée par le pape Alexandre III vers 1176.
La reconstruction s’étale de 1157 à 1217, marquée par des conflits juridictionnels entre les chanoines et le chapitre cathédral (1181-1187). L’église, bénie en 1183, voit son transept et sa nef surélevés vers 1190-1210 pour uniformiser les voûtes. Au XIIIe siècle, des flèches en bois couronnent les tours, et un porche flamboyant est ajouté en 1469. La collégiale, centre de pèlerinage à la Vierge, abrite aussi la relique controversée du Saint Nombril du Christ (attestée au XVe siècle), détruite en 1707.
La Révolution française mutile le monument : deux flèches sont démolies pour leur plomb, le portail sud est martelé, et le mobilier détruit. Classée Monument Historique dès 1840, elle est restaurée au XIXe siècle (flèche reconstruite en 1852, carillon de 56 cloches offert en 1859). Son cloître du XIIe siècle, démoli en 1759, est partiellement redécouvert au XXe siècle ; ses statues-colonnes sont aujourd’hui exposées au Musée du cloître. Depuis 1998, elle figure sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, comme étape des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
L’architecture mêle influences romanes (tours carrées, plan rhénan) et gothiques (voûtes quadripartites, déambulatoire à chapelles rayonnantes). Le portail sud, sculpté vers 1170 avec des statues-colonnes, et les vitraux du XVIe siècle (dont ceux de Mathieu Bléville) témoignent de son rayonnement artistique. Les verrières, comme celle de saint Jacques (1525), illustrent des scènes bibliques ou des dons de notables locaux, tandis que les orgues, attestés depuis 1409, subissent multiples transformations jusqu’au XIXe siècle.
La collégiale, ancienne église paroissiale divisée en cinq paroisses au XIIIe siècle, incarne l’histoire religieuse et sociale de Châlons. Son carillon, ses maisons canoniales classées, et ses dalles funéraires (comme celle de Jean Talon, intendant de Nouvelle-France) en font un lieu mémoire. Les fouilles de 1856-1858 ont révélé des substructions de l’abside romane, confirmant son évolution depuis le XIe siècle. Aujourd’hui propriété communale, elle reste un symbole patrimonial du Grand Est.