Origine et histoire de la Collégiale Notre-Dame-et-Saint-Laurent
La collégiale Notre-Dame-et-Saint-Laurent d'Eu, située dans la ville d'Eu en Seine-Maritime, trouve ses origines au Xe siècle. Fondée en 925 par Guillaume Ier, comte d'Eu, elle était initialement une collégiale dédiée à Sainte-Marie, desservie par des clercs séculiers. En 1119, Henri Ier, comte d'Eu, transforme l’établissement en abbaye augustinienne en remplaçant les chanoines séculiers par des réguliers de Saint-Victor. Ce changement marque le début de son rôle religieux et politique accru dans la région.
En 1186, la reconstruction de l’église commence, intégrant un style ogival et un plan en croix latine. La collégiale devient un lieu de sépulture prestigieux, accueillant en 1180 les restes de saint Laurent O’Toole, archevêque de Dublin canonisé en 1248. Les travaux s’achèvent vers 1230, mais l’édifice subit plusieurs incendies aux XVe siècle (1426, 1455, 1475). Malgré ces destructions, la collégiale conserve son importance, abritant les tombes des comtes d’Eu et leurs familles dans sa crypte, qualifiée de « Saint-Denis de Normandie ».
La Révolution française marque un tournant dramatique : en 1790, l’abolition des vœux monastiques entraîne la destruction des bâtiments abbatiaux, ne laissant que l’église. Celle-ci, classée monument historique dès 1840, est restaurée au XIXe siècle sous Louis-Philippe, qui y ajoute des vitraux exceptionnels réalisés par la manufacture de Sèvres (1833–1847), avec des contributions d’artistes comme Delacroix. Aujourd’hui, l’édifice sert d’église paroissiale et témoigne de près de mille ans d’histoire religieuse, artistique et nobiliaire.
L’intérieur de la collégiale se distingue par sa nef du XIIIe siècle à triple élévation, ses stalles des XVIIe–XVIIIe siècles, et un mobilier remarquable, dont un banc d’œuvre de 1731 offert par Louis-Auguste de Bourbon, comte d’Eu. La crypte, longue de 31 mètres, abrite les gisants de 12 personnalités, dont Jean d’Artois, Isabelle de Melun, et Charles d’Artois, ainsi que celui de saint Laurent O’Toole. Ces tombes, ornées de sculptures, illustrent le lien étroit entre l’abbaye et la noblesse locale.
Les vitraux, commandés par Louis-Philippe, forment un ensemble unique en France par leur qualité et leur programme iconographique. Les verrières des bas-côtés, inspirées de dessins de Delacroix, représentent des figures saintes comme sainte Adélaïde ou saint Jean l’Évangéliste. L’orgue de 1614, les stalles en bois sculpté, et une Mise au tombeau polychrome du XVIe siècle complètent ce patrimoine artistique. La collégiale, propriété de la commune, reste un symbole du rayonnement culturel et spirituel de la Normandie médiévale et moderne.