Origine et histoire de la Collégiale Saint-Aignan
La collégiale Saint-Aignan d'Orléans, située sur la rive nord de la Loire, est dédiée à saint Aignan, évêque d’Orléans mort vers 453. Selon la légende, il aurait stoppé les Huns en 451 grâce à une intervention divine transformant du sable en guêpes, avant l’arrivée tardive des troupes romaines de Flavius Aetius. Canonisé, il devint le saint patron de la ville. Une première abbaye bénédictine s’y développa dès le VIIe siècle, avant de devenir une collégiale de chanoines au IXe siècle, sous l’impulsion de Théodulfe, évêque et conseiller de Charlemagne.
L’édifice subit de multiples destructions : pillée par les Vikings en 865, détruite par un incendie en 999, puis rasée en 1029 avant d’être reconstruite par Robert II le Pieux. La crypte romane, consacrée en 1029, est le seul vestige de cette époque. Pendant la Guerre de Cent Ans, l’église fut détruite en 1358 et 1428 par crainte des assiégeants anglais, puis reconstruite entre 1439 et 1509 sous les règnes de Charles VII et Louis XI, qui l’intégra dans l’enceinte urbaine. Les guerres de Religion (1562-1567) endommagèrent à nouveau l’édifice : les Huguenots pillèrent les reliques de saint Aignan et incendièrent la nef, réduite à l’état de ruine jusqu’à sa démolition en 1804.
La collégiale abritait un chapitre de chanoines et un chœur professionnel, formé d’une douzaine de chanteurs adultes et six enfants, spécialisés dans le plain-chant et les motets polyphoniques. Des compositeurs comme Eloy d’Amerval (XVe siècle), auteur d’une Messe à cinq voix et du Livre de la diablerie, ou Charles Hérissé (XVIIIe siècle), y exercèrent. L’orgue, attesté dès 1446, jouait un rôle central dans les cérémonies. Après la Révolution, l’église, vendue comme bien national, fut partiellement détruite par l’architecte Benoît Lebrun. Classée Monument historique en 1910, elle ne conserve aujourd’hui que son chœur gothique, son déambulatoire, ses transepts et sa crypte romane, classée dès 1840.
L’architecture actuelle reflète ces strates historiques : le chœur, voûté à 22 mètres, et les cinq chapelles absidiales datent des XVe-XVIe siècles, tandis que la crypte, semi-enterrée, révèle des chapiteaux parmi les plus anciens de l’art roman (XIe siècle), comme celui représentant Daniel dans la fosse aux lions. Une fresque du XIXe siècle, dans la chapelle du chevet, s’effrite encore aujourd’hui en raison d’anciennes infiltrations. La collégiale, autrefois deuxième chapitre canonial d’Orléans après la cathédrale Sainte-Croix, illustre l’importance religieuse et politique de la ville, liée au pouvoir royal depuis Robert le Pieux.
Parmi les maîtres de musique marquants, on compte Abraham Fourdy (1588-1633), lauréat du Puy de musique d’Évreux, ou Nicolas Formé (1616-1624), chanoine et compositeur de la Chapelle royale, connu pour ses œuvres à double chœur. Le dernier maître, Léonard Cabart, quitta Saint-Aignan en 1790 lors de la dispersion du chapitre. Les orgues, reconstruites en 1872 par Charles Baurain, succédèrent à un instrument du XVe siècle, joué lors de l’entrée solennelle de Louis XI en 1461.