Origine et histoire de la Collégiale Saint-Frambourg
La collégiale Saint-Frambourg de Senlis fut fondée à la fin du Xe siècle par la reine Adelaïde d’Aquitaine, épouse d’Hugues Capet, comme chapelle royale dédiée à saint Fraimbault. Elle remplaça une église carolingienne démolie pour construire un édifice pré-roman, puis une collégiale gothique à partir de 1169. Ce monument, réservé à la famille royale et à un chapitre de douze chanoines nommés par le roi, abritait des reliques prestigieuses et symbolisait le pouvoir capétien à Senlis, ville stratégique du domaine royal.
La construction gothique, achevée vers 1230, suivit un plan simple mais ambitieux : un vaisseau unique de 46 m de long, sans bas-côtés ni transept, éclairé par de hautes baies et voûté de sexpartites. Le chantier se déroula en deux campagnes (1169–1200 et 1205–1230), avec une interruption marquée par un changement de modénature. Le clocher, initialement prévu en bâtière au nord de la façade, ne fut terminé qu’au XIIIe siècle grâce à des indulgences papales. L’édifice, fermé à la Révolution et transformé en temple de la Raison, fut vendu comme bien national en 1794.
Au XIXe siècle, la collégiale servit de manège, d’atelier, puis d’entrepôt, subissant des dégradations majeures : démolition du clocher dans les années 1820, effondrement partiel de la toiture en 1914, et occupation par une carrosserie après 1945. Classée monument historique en 1862, elle ne bénéficia d’aucune restauration avant son rachat en 1973 par le pianiste György Cziffra. Sous l’impulsion d’André Malraux, il la transforma en auditorium (inauguré en 1977), révélant lors de fouilles les vestiges de l’église carolingienne et de la collégiale pré-romane.
Les fouilles archéologiques de 1974, menées par Jean-Michel Desbordes, mirent au jour les fondations de l’église du Xe siècle, une tour gallo-romaine arasée, et des sépultures de chanoines. Une « pseudo-crypte » fut aménagée pour préserver ces vestiges, accessibles au public. Les travaux de restauration (1976–2002) redonnèrent à l’édifice son allure médiévale : reconstruction de la toiture multicolore en tuiles vernissées, réfection des voûtes, et pose de vitraux contemporains signés Joan Miró. Depuis 2016, la fondation Cziffra, propriétaire des lieux, y organise concerts, festivals et expositions.
L’architecture de Saint-Frambourg se distingue par son unité spatiale et sa lumière abondante, caractéristique des chapelles royales. Le vaisseau unique, voûté de sexpartites, repose sur des piles alternativement fortes et faibles, mais sans bas-côtés ni triforium, créant un volume épuré. La façade occidentale, dominée par une rosace de 9 m de diamètre (inspirée de Mello), intègre un triplet et un portail étroit aux archivoltes sculptées. À l’extérieur, les contreforts massifs et les fenêtres en lancette soulignent la verticalité, tandis que l’abside, percée de niches à reliques, évoque une forteresse.
Aujourd’hui, la collégiale Saint-Frambourg allie patrimoine et culture. L’auditorium Franz-Liszt, doté d’une acoustique exceptionnelle, accueille des interprétations de musique classique et des jeunes talents. La fondation Cziffra, reconnue d’utilité publique, perpétue ce lieu comme un « temple de la beauté », entre mémoire historique et création artistique, tout en préservant les vestiges archéologiques accessibles sous l’édifice.