Origine et histoire de la Collégiale Saint-Martin
La collégiale Saint-Martin d'Étampes, dédiée à saint Martin de Tours, trouve ses origines dans un passé lointain, certains auteurs évoquant même une fondation par Clovis. Au XIe siècle, elle est une collégiale prospère avec douze chanoines, mais en 1106, le roi Philippe Ier la cède à l'abbaye de Morigny, entraînant des conflits qui aboutissent à l'expulsion des chanoines en 1142. L'abbaye y établit alors un prieuré et entreprend la construction d'une nouvelle église, plus vaste, dont les travaux débutent vers 1142 par le chevet.
L'architecture de la collégiale reflète des influences majeures, comme celles de la cathédrale de Sens et de la basilique de Vézelay. Le chevet, avec son déambulatoire et ses trois chapelles rayonnantes, surprend par son plan évoquant le XIe siècle, bien que le voûtement d'ogives y soit déjà présent. Les arcs-boutants, une innovation rare pour l'époque, y font leur apparition dès le milieu du XIIe siècle, grâce aux liens entre l'abbé de Morigny et l'abbaye de Saint-Denis, où Suger introduisit cette technique. La nef, achevée vers 1170, s'organise sur trois niveaux, inspirés de Sens, et une travée supplémentaire est ajoutée après 1213.
Au XVIe siècle, des modifications notables sont apportées : les voûtes du chœur et du transept sont reconstruites sous l'influence du style gothique flamboyant, comme en témoignent les clés de voûte ornées des armes d'Anne de Bretagne et de sa fille Claude. Un clocher-porche imposant, incliné vers l'ouest en raison d'un tassement de terrain, est érigé entre 1530 et 1537, valant à l'édifice le surnom de « Pise du Nord ». Au XVIIIe siècle, des effondrements dans la nef conduisent au remplacement des voûtes par des structures en bois, tandis que le prieuré, réduit à un simple bénéfice, est supprimé en 1781.
La collégiale, classée monument historique en 1909 après des restaurations controversées au XIXe siècle, a connu plusieurs campagnes de travaux pour préserver sa structure. Entre 1872 et 1876, la façade occidentale et la première travée de la nef sont reconstruites, bien que ces interventions aient été critiquées pour leur manque de fidélité historique. Malgré ces aléas, l'édifice conserve des éléments remarquables, comme ses arcs-boutants primitifs, ses chapiteaux sculptés et son mobilier, dont des dalles funéraires et des statues classées.
Le mobilier de la collégiale inclut des pièces notables, comme une dalle funéraire Renaissance classée, des statues des XVIIe et XVIIIe siècles (dont certaines volées en 1974), et une verrière de 1879 représentant l'apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous. L'église, toujours active pour le culte, abrite également des fonts baptismaux du XIIIe siècle et un maître-autel en marbre du XVIIIe siècle. Son histoire reflète les bouleversements religieux et politiques de la région, depuis les guerres de Religion jusqu'à la Révolution française.
Aujourd'hui, la collégiale Saint-Martin d'Étampes se distingue par son architecture hybride, mêlant roman et gothique primitif, et par son rôle continu dans la vie paroissiale. Son clocher penché, ses arcs-boutants pionniers et son chevet rayonnant en font un témoignage précieux de l'innovation médiévale, tandis que ses restaurations successives illustrent les défis de la préservation du patrimoine à travers les siècles.