Origine et histoire de la Collégiale Saint-Martin de Brive
La collégiale Saint-Martin de Brive trouve ses origines dans une implantation chrétienne précoce au Ve siècle, liée à l’évangélisation du Limousin par l’évêque Rorice. Un premier édifice paléochrétien, construit à l’emplacement présumé du tombeau de saint Martin l’Espagnol, est mentionné par Grégoire de Tours. Incendié au VIe siècle, il est reconstruit par l’évêque Ferréol de Limoges, puis agrandi à l’époque carolingienne. Les fouilles archéologiques (1986-1988) ont révélé une chapelle cimétériale mérovingienne et des traces de memoriae, confirmant le récit de Grégoire de Tours.
À la fin du XIe siècle, l’église devient une collégiale gérée par un collège de chanoines augustins, servant de contrepoids aux abbayes locales comme Beaulieu ou Tulle. Les papes Eugène III, Innocent III et Grégoire IX confirment ses statuts au XIIIe siècle. La nef, reconstruite au XIIIe siècle sur des fondations romanes, conserve des chapiteaux sculptés (crochets, palmettes). Le prieuré adjacent, partiellement reconstruit entre 1479 et 1517, voit son cloître détruit en 1764 et ses bâtiments conventuels rasés en 1835.
Classée monument historique en 1862, la collégiale subit d’importantes restaurations entre 1876 et 1906 sous la direction d’Anatole de Baudot : stabilisation des piles de la nef, reconstruction du porche occidental et du clocher, ajout de verrières par Oudinot (1880). En 1953, une structure en béton renforce les voûtes, et une restauration générale des maçonneries extérieures est menée en 1997. L’édifice, aujourd’hui paroissial, témoigne de près de 1 500 ans d’histoire religieuse et architecturale.
Les fouilles ont exhumé des éléments clés : une cuve baptismale carolingienne, des pavages rouges et blancs, et un sarcophage trapézoïdal attribué à saint Martin l’Espagnol. Ce dernier, placé dans un memoria typique, illustre l’organisation spatiale des églises paléochrétiennes, avec un chœur réservé aux clercs et une nef pour les fidèles. L’agrandissement carolingien vers l’est et l’ouest suggère une importance croissante du site, comparable à Saint-Martial de Limoges.
L’architecture actuelle mêle grès de Grammont, voûtes d’ogives (nef et collatéraux), berceau fractionné (chœur), et coupole sur pendentifs à la croisée du transept. Deux escaliers en vis, dont un aujourd’hui condamné, desservaient le clocher. Les armoiries de Brive ornent la clef de voûte d’une chapelle nord. Malgré la destruction des bâtiments conventuels, la collégiale reste un symbole du patrimoine limousin, marqué par les conflits entre pouvoir épiscopal et abbayes rivales.