Origine et histoire de la Collégiale Saint-Martin
La collégiale Saint-Martin de Candes-Saint-Martin, située dans l’ouest de l’Indre-et-Loire, remplace une première église fondée par saint Martin au IVe siècle, où il mourut en 397. Ce site, devenu lieu de pèlerinage malgré l’absence de reliques, fut érigé en collégiale vers 1050, avec un chapitre de douze chanoines. La construction de l’édifice actuel débuta vers 1175 pour remplacer l’église Saint-Maurice, ruinée, et s’acheva au milieu du XIIIe siècle, sous l’influence du style gothique de l’Ouest.
Le chantier, marqué par des interruptions et des modifications de plan, vit l’adjonction d’un porche nord monumental vers 1250, conçu comme entrée principale pour les pèlerins. Au XVe siècle, l’église fut partiellement fortifiée (mâchicoulis, créneaux, bretèche) en réponse aux insécurités de la guerre de Cent Ans, devenant un refuge potentiel pour la population. Les guerres de Religion (1562, 1568) endommagèrent gravement le monument, détruisant des statues, des archives et des objets liturgiques comme un buste de Louis XI.
Deux séismes (1711, 1840) causèrent des effondrements partiels, nécessitant des campagnes de réparation controversées au XIXe siècle, critiquées pour leur caractère « vandalique ». Classée monument historique dès 1840, la collégiale conserve un décor sculpté complexe, attribué à plusieurs ateliers, et des éléments mobiliers protégés (autel, statues, vitraux). Son architecture, mêlant influences roman tardif et gothique angevin, en fait l’un des édifices religieux majeurs de Touraine, après la cathédrale de Tours.
Le site est indissociable de la mémoire de saint Martin, dont la maison mortuaire, lieu de pèlerinage dès le Ve siècle, aurait occupé l’emplacement de l’actuelle chapelle nord. La collégiale, désaffectée comme telle après la Révolution, reste une église paroissiale active. Ses particularités incluent une orientation atypique (nord-ouest/sud-est) dictée par la topographie, et une nef en forme d’église-halle, inspirée de la cathédrale de Poitiers.
Les études récentes soulignent la complexité de sa chronologie de construction, marquée par des reprises successives et des adaptations liées à des contraintes topographiques ou politiques. Le porche nord, inachevé, et son décor sculpté (statues, chapiteaux, clés de voûte) reflètent des influences variées, peut-être liées à des artisans pèlerins. La collégiale abrite aussi des vitraux du XIXe siècle et un cénotaphe moderne de saint Martin, rappelant la translation de ses reliques vers Tours.
Au XXe siècle, des restaurations (1982, 2013-2015) ont consolidé l’édifice, préparant les célébrations du 1700e anniversaire de la naissance de saint Martin en 2016. Malgré les lacunes documentaires, la collégiale reste un témoignage majeur de l’art religieux médiéval en Val de Loire, mêlant fonctions spirituelle, défensive et mémorielle.