Origine et histoire de la Collégiale Saint-Martin
La collégiale Saint-Martin de Champeaux trouve ses origines dans un prieuré fondé au VIIe siècle, possiblement par sainte Fare (600-657), fille du comte de Meaux. Ce monastère, mentionné dans des chroniques comme abbaye dès le XIe siècle, se transforme en chapitre de chanoines séculiers au début du XIIe siècle sous l’autorité de l’évêque de Paris. La construction de l’actuelle collégiale débute vers 1160, initiée par un chapitre de douze chanoines devenu vingt-trois en 1208. Son chantier, marqué par des interruptions (notamment entre 1220 et 1270), s’étale sur plus d’un siècle, reflétant les difficultés financières et les ambitions architecturales du chapitre.
L’édifice, de style gothique primitif, s’inspire des cathédrales de Paris et Sens, avec une nef à voûtes sexpartites et un chœur achevé seulement au XIVe siècle. Malgré son austérité (absence de triforium, fenêtres simples), la collégiale se distingue par ses dimensions (65 m de long) et la qualité de ses chapiteaux, sculptés de motifs floraux. Les vitraux, datant des XVe et XVIe siècles, et les stalles Renaissance (1522), œuvres du menuisier Richard Falaise, comptent parmi ses joyaux artistiques. La Révolution française dissout le chapitre en 1790, transformant l’église en paroisse et sauvant le bâtiment de la destruction.
Classée monument historique en 1840, la collégiale subit des restaurations majeures à partir de 1891, dirigées par l’architecte Auguste Louzier, qui sauve l’édifice d’une ruine imminente. Les campagnes de restauration se poursuivent tout au long du XXe siècle, avec des interventions sur les voûtes, les vitraux et la façade, souvent menées par des associations locales comme les Amis de la collégiale. Aujourd’hui, le monument conserve sa vocation cultuelle au sein du pôle paroissial de Mormant, tout en accueillant des manifestations culturelles, comme le festival annuel de musique.
L’histoire de la collégiale est aussi marquée par des épisodes violents, comme le pillage par les troupes de Condé pendant la Fronde (1652), où archives, vases sacrés et mobilier furent détruits. Les chanoines, seigneurs de Champeaux, jouèrent un rôle central dans la vie locale, obtenant notamment l’affranchissement des serfs en 1162. Leur déclin au XVIe siècle, dû aux guerres de Religion, réduit leur nombre à douze en 1594. Le bourg de Champeaux, autrefois prospère grâce à sa foire (créée en 1338) et son hôtel-Dieu (1457), perd son statut de chef-lieu avec la Révolution.
Architecturalement, la collégiale présente une nef homogène (1180-1210) contrastant avec un chœur plus tardif (1270-1350), où les influences rayonnantes se mêlent à des éléments archaïques, comme le chevet plat dépourvu de chapelles rayonnantes. Les bas-côtés, voûtés d’arêtes, et le déambulatoire ajouré de baies à remplage, illustrent les adaptations successives du projet initial. Les vitraux, classés monuments historiques, offrent un panorama de l’art verrier flamboyant et Renaissance, avec des scènes bibliques et des donateurs locaux.
Parmi les trésors mobiliers, les 54 stalles du XVIe siècle, classées en 1902, se distinguent par leurs miséricordes sculptées de scènes satiriques ou bibliques (comme l’histoire de Job), tandis que les dalles funéraires des XIIIe et XIVe siècles, classées en 1955, témoignent de la mémoire des chanoines et bienfaiteurs. La collégiale abrite aussi des statues remarquables, comme un saint Denis céphalophore du XIIIe siècle, et un retable baroque classé. Son clocher, inspiré de Notre-Dame de Paris, domine une façade fortifiée au XVe siècle, rappelant les troubles de la guerre de Cent Ans.