Origine et histoire de la Collégiale Saint-Martin
La collégiale Saint-Martin de Colmar, souvent appelée à tort « cathédrale », est le plus grand édifice religieux de Colmar et l’une des plus imposantes églises gothiques du Haut-Rhin. Deuxième en taille en Alsace après la cathédrale de Strasbourg, elle se situe au cœur de la ville, sur la place de la Cathédrale. Son histoire remonte à avant l’an mil, avec une première chapelle dédiée à saint Martin, détruite par un incendie en 1106 et remplacée par une basilique romane. En 1234, le pape Grégoire IX en fit une collégiale sous l’autorité de l’abbaye de Munster, marquant le début de sa reconstruction gothique.
La construction s’échelonna de 1234 à vers 1365, dirigée par des maîtres d’œuvre comme Humbert et Guillaume de Marbourg, ce dernier concevant les plans du chœur et du déambulatoire. La tour Sud, endommagée par un incendie en 1572, fut coiffée en 1575 d’un lanternon à bulbe, symbole distinctif de l’édifice. À la Révolution, la collégiale devint brièvement une cathédrale constitutionnelle avant de redevenir une église paroissiale en 1802. Classée monument historique dès 1840, elle abrite des trésors comme des vitraux médiévaux, des stalles sculptées du XIVe siècle, et deux orgues, dont un buffet baroque de Silbermann (1755).
Les fouilles archéologiques, notamment celles de 1972 et 2022, ont révélé des vestiges antérieurs (XIe siècle) et confirmé la présence d’un cimetière urbain autour de l’église, entouré d’un mur d’enclos érigé en 1212 par les bourgeois de Colmar. Ce mur, premier du genre découvert en Alsace, témoigne de l’importance sociale et religieuse du site. La collégiale, construite en grès vosgien, se distingue par sa nef à cinq travées, ses portails richement sculptés (comme le tympan de l’Adoration des mages), et ses tuiles colorées « à queue de castor ».
Le mobilier intérieur, bien que dépouillé après les dégradations révolutionnaires, conserve des éléments médiévaux remarquables, comme la Vierge Marie du XIIIe siècle ou les 46 stalles du chœur, illustrant des figures bibliques et ecclésiastiques. Les cloches, dont certaines coulées au XIXe siècle, forment l’une des sonneries les plus harmonieuses de France. Parmi les œuvres autrefois abritées, la Vierge au buisson de roses (1473) de Martin Schongauer, volée en 1972 et aujourd’hui conservée dans l’église des Dominicains, reste emblématique.
L’édifice, propriété de la commune, incarne près de huit siècles d’histoire alsacienne, mêlant influences religieuses, architecturales et urbaines. Son classement précoce (1840) et ses campagnes de restauration soulignent son rôle central dans le patrimoine régional, entre héritage gothique et adaptations postérieures, comme l’orgue de chœur installé en 1975 ou les cloches modernes ajoutées au XXe siècle.