Origine et histoire de la Collégiale Saint-Martin
La collégiale Saint-Martin de Picquigny trouve ses origines en 1066, lorsque Eustache de Picquigny, vidame d’Amiens, fonda avec ses frères un chapitre de huit chanoines séculiers et un doyen. Cette église servit initialement de chapelle castrale et de nécropole pour les seigneurs locaux. Son histoire est marquée par l’arrivée en 1206 de reliques prestigieuses, dont le Chef de Saint-Jean-Baptiste, rapportées de Constantinople par le chanoine Wallon de Sarton. Ces reliques, ainsi que celles de Saint Firmin, firent de la collégiale un lieu de pèlerinage et de dévotion majeur en Picardie.
Au XIIIe siècle, la nef et ses collatéraux furent construits dans un style gothique naissant, tandis que le chœur, le transept et le clocher furent largement remaniés aux XVe–XVIe siècles, adoptant des éléments flamboyants. Le clocher, surélevé à cette époque, fut doté de baies à remplages typiques et d’un toit d’ardoise à quatre pans. En 1689, le chapitre comptait douze chanoines, et en 1699, le duc de Chevreuse renforça les piliers soutenant le clocher, témoignant de son importance architecturale et symbolique.
La Révolution transforma la collégiale en église paroissiale, mais son histoire fut marquée par des destructions majeures aux XIXe et XXe siècles. En 1906 et 1908, le clocher puis l’église furent classés Monuments historiques, mais la Première Guerre mondiale (1940) endommagea gravement le clocher, tandis qu’un incendie en 1950 détruisit la charpente de la nef. Reconstruite en 1959, la collégiale bénéficia aussi d’une réhabilitation de sa toiture en 2008. Son mobilier, incluant des statues des XVe–XIXe siècles et un retable du XVIIe, reflète son riche passé liturgique et artistique.
L’édifice abrite des éléments remarquables comme une crypte funéraire accessible depuis le croisillon sud, des pierres tombales médiévales (XIIIe siècle), et une chasse reliquaire en argent dédiée à Saint Gaudence. La façade occidentale, remaniée avec un porche de style grec et une rosace aveugle, ainsi que le portail sud du XVIIe siècle, illustrent les évolutions stylistiques du monument. Proche du château médiéval de Picquigny, la collégiale reste un témoin majeur de l’histoire religieuse et seigneuriale de la région.
Les reliques de Saint Jean-Baptiste et Saint Firmin, conservées dans la collégiale, attirent toujours l’attention, tout comme les stalles du XVIe siècle ornées de sculptures (un vieillard barbu et un diable cornu). Le maître-autel en marbre rouge (XVIIIe siècle) rend hommage à Charles d’Ailly, duc de Chaulnes, et à son épouse, soulignant le lien entre le monument et l’aristocratie picarde. Malgré les vicissitudes de l’histoire, la collégiale Saint-Martin demeure un joyau du patrimoine gothique des Hauts-de-France.