Origine et histoire
La collégiale Saint-Martin d’Angers, située dans le centre historique de la ville, est l’un des rares monuments carolingiens bien conservés en France. Ses origines remontent au Ve siècle, avec une première église probablement dédiée à saint Martin, agrandie aux VIe et VIIe siècles. Les fouilles archéologiques ont révélé des vestiges mérovingiens, dont des sépultures et une crypte abritant les fondations des édifices primitifs. L’évêque Loup, au VIIe siècle, aurait supervisé une reconstruction ambitieuse, dotant l’église d’un plan cruciforme avec transept et absides.
Au Xe siècle, l’église est reconstruite avec des arcs alternant pierre de tuffeau et brique, encadrant la croisée du transept. Au XIe siècle, sous l’impulsion du comte d’Anjou Foulques Nerra et de son épouse Hildegarde, l’édifice devient une collégiale en 1012-1029, avec l’institution de 13 chanoines. Foulques Nerra finance une coupole au-dessus de la croisée du transept, encore visible aujourd’hui. Ces travaux marquent le début de sa transformation en un monument emblématique de l’Anjou médiéval.
La période gothique, à partir du XIIe siècle, voit le chœur carolingien remplacé par un chœur gothique « angevin » ou « plantagenêt », caractérisé par des voûtes bombées. Une seconde campagne d’agrandissement ajoute une travée et une abside, tandis que la chapelle des Anges, décorée de fresques (dont subsistent des vestiges comme la Vierge et l’Enfant Jésus), est transformée au XIIIe siècle. Ces modifications illustrent l’évolution stylistique et la richesse artistique de l’époque.
Au XVe siècle, le roi René, duc d’Anjou, finance l’embellissement de la collégiale : surélévation des murs du transept, pose de lambris peints aux armes du duc, et décoration des murs en imitation de pierres de taille. Ses interventions, incluant des chaufferettes (emblèmes ducale), reflètent son mécénat et son attachement à Angers. La collégiale devient alors un symbole du pouvoir ducale et de la piété locale.
La Révolution française marque un tournant : le chapitre des chanoines est supprimé, et l’église, vendue à des particuliers, sert d’entrepôt puis de magasin de bois. Au XIXe siècle, la nef s’effondre, le clocher est partiellement détruit, et des immeubles sont construits devant la façade. Sauvée in extremis, la partie orientale est rachetée en 1986 par le département de Maine-et-Loire pour un franc symbolique. Après vingt ans de restauration, elle rouvre comme espace culturel en 2006, abritant des statues angevines et des vestiges archéologiques.
Classée monument historique en 1928, la collégiale Saint-Martin témoigne aujourd’hui de quinze siècles d’histoire, des premières basiliques mérovingiennes aux transformations gothiques et Renaissance. Son architecture hybride, mêlant éléments carolingiens, romans et gothiques, en fait un site unique pour comprendre l’évolution du patrimoine religieux en Anjou.