Origine et histoire de la Collégiale Saint-Maurice
La collégiale Saint-Maurice d'Oiron trouve ses origines dans une première église mentionnée dès 955-956, détruite par un séisme vers la fin des années 1000. Ce n’est qu’au début du XVIe siècle que le site prend une nouvelle dimension, lorsque la terre d’Oiron est cédée à Guillaume Gouffier en 1449 par Charles VII. Son fils, Artus Gouffier, obtient en 1518-1519 l’autorisation de transformer l’église en collégiale, projet qu’il ne verra pas aboutir, décédant deux mois après l’acte officiel. Sa veuve, Hélène de Hangest, poursuit les travaux jusqu’à sa mort en 1538, date à laquelle leur fils Claude achève la construction vers 1550. La collégiale, conçue comme nécropole familiale et église paroissiale, est consacrée en 1532 par l’évêque de Poitiers.
L’édifice reflète les ambitions des Gouffier, avec un décor sculpté mêlant motifs Renaissance (candélabres, arabesques) et symboles héraldiques. Les tombeaux de la famille, sculptés par Giovanni de Giusto Betti, sont placés dans le chœur et le transept, mais subissent des dégradations en 1569 lors des guerres de Religion. L’architecture, marquée par une nef unique à voûtes ogivales et un clocher massif, intègre aussi des éléments défensifs et liturgiques, comme une entrée réservée aux seigneurs depuis le château adjacent. Le crocodile exposé dans la collégiale, d’origine incertaine, pourrait provenir du cabinet de curiosités de Claude Gouffier.
Classée monument historique en 1840, la collégiale conserve aujourd’hui quatre grands tombeaux, un retable du XVIe siècle et un buffet d’orgue du XVIIe, déplacé dans le croisillon sud. Son histoire illustre le rôle des collégiales castrales, à la fois lieux de culte, mémoriaux aristocratiques et symboles de pouvoir. Les traces des pierres tombales disparues et des plaques de cuivre arrachées rappellent les bouleversements révolutionnaires, tandis que son lien avec le château d’Oiron souligne son ancrage dans l’histoire locale.
Les sources historiques, comme les travaux de Charles de Chergé (1839) ou Julien Noblet (2009), soulignent l’importance architecturale et funéraire de l’édifice. La collégiale incarne ainsi la transition entre Moyen Âge et Renaissance, mêlant héritage gothique flamboyant et innovations stylistiques, tout en témoignant des rivalités religieuses et des pratiques commémoratives de l’élite française sous François Ier.