Origine et histoire de la Collégiale Saint-Montain
La collégiale Saint-Montain de La Fère trouve ses origines dans la légende de saint Montain, ermite aveugle du Ve siècle (vers 437) qui évangélisa la région depuis une grotte près de la Phara mérovingienne (ancien nom de La Fère). Ses miracles, comme la guérison des malades à la fosse Saint-Montain, attirèrent des pèlerins pendant quinze ans. La fête du 17 mai, dédiée à ce saint ayant prédit la naissance de saint Remi (futur baptiste de Clovis), perdura jusqu’au XXe siècle. L’église fut probablement édifiée à l’emplacement de sa grotte dès la fin du Xe siècle, avec des traces architecturales remontant aux VIIIe-IXe siècles.
L’édifice, initialement roman, fut profondément remanié à la Renaissance par Marie de Luxembourg, princesse et dame de La Fère. Le portail du XIe siècle, décrit en 1853 comme un rare mélange de styles roman et ogival (dentelures, chevrons, colonnes mutilées), témoigne de cette transition architecturale. L’église, liée au château voisin par des systèmes défensifs (tourelle en bois, meurtrières), servait aussi de guet : un service permanent y fut instauré en 1618, obligatoire pour les ecclésiastiques.
Le clocher, érigé en 1588, subit deux incendies dus à la foudre (1732 et 1787) avant d’être rasé pendant la Révolution française, avec quatre autres clochers de la ville, par Montain Soret — ironiquement homonyme du saint. Adjugés pour 1 341 livres en 1794, ces destructions réduisirent l’église à ses toits. Des quatorze chapelles d’origine (dédiées à saint Montain, Marie-Madeleine, saint Nicolas, etc.), seules quatre subsistent aujourd’hui. En 1980, des fouilles révélèrent des fragments funéraires, ex-votos et carreaux des chapelles disparues, confirmant la richesse passée du lieu.
Classée monument historique en 1921, la collégiale conserve des traces de son histoire mouvementée : fondations marquées 1261, meurtrière dans le clocher, et un enfeu du XVIe siècle. Son portail, menacé de démolition en 1853 pour des raisons topographiques, fut sauvé in extremis, soulignant son importance comme date charnière entre roman et gothique, antérieure de près d’un siècle à Notre-Dame de Paris.