Origine et histoire de la Collégiale Saint-Ours
La collégiale Saint-Ours de Loches, initialement dédiée à Notre-Dame, fut fondée entre 963 et 985 par Geoffroy Grisegonelle, comte d’Anjou, pour abriter une relique de la ceinture de la Vierge. Cette première église, construite sur les vestiges d’un édifice du Ve siècle attribué à saint Eustache, s’effondra partiellement au XIe siècle. Elle fut reconstruite au milieu du XIIe siècle sous l’impulsion du prieur Thomas Pactius, avec une nef conservant des maçonneries du XIe siècle et une tour occidentale érigée vers 1160. Le chœur et les transepts furent entièrement rebâtis avant la fin du XIIe siècle, intégrant des absidioles et un voûtement en pierre.
L’église, devenue paroissiale après la Révolution sous le vocable de saint Ours, fut profondément modifiée au XIXe siècle. Entre 1844 et 1855, Alexandre Vestier reconstruit la tour de croisée et les voûtes de la nef, tandis que des arcades furent percées pour ouvrir les bas-côtés. Classée monument historique dès 1840, elle abrite depuis 2005 le tombeau de marbre d’Agnès Sorel, favorite de Charles VII, qui offrit au XVe siècle un reliquaire en or pour la ceinture de la Vierge, aujourd’hui disparu. La collégiale est aussi liée à la légende de Ludovico Sforza, dont la sépulture reste hypothétique malgré des fouilles archéologiques récentes (2019-2020).
Architecturalement, l’édifice se signale par ses deux dubes (tourelles octogonales) et son portail roman polychrome, orné de sculptures médiévales représentant des personnages et des animaux fantastiques. La nef conserve des traces des XIe et XIIe siècles, tandis que le chœur, reconstruit à la fin du XIIe siècle, illustre la transition vers le gothique. Au XIXe siècle, les restaurations ont altéré certaines structures médiévales, mais ont aussi permis de préserver l’édifice, aujourd’hui propriété de la commune de Loches. Son histoire reflète les évolutions religieuses, politiques et artistiques de la Touraine, depuis l’époque carolingienne jusqu’à l’ère moderne.
La collégiale était un lieu de pèlerinage majeur pour les futures mères, grâce aux mesures de la vraie ceinture — des rubans blancs coupés aux dimensions de la relique, censés protéger les accouchements. Cette dévotion, attestée jusqu’à la Révolution, attirait même les reines de France. Le monument incarne ainsi à la fois un patrimoine architectural exceptionnel et une mémoire spirituelle liée aux cultes marials et aux figures locales, comme saint Ours de Loches ou Agnès Sorel.