Origine et histoire de la Collégiale Saint-Pierre
La collégiale Saint-Pierre-et-Saint-Gaudens, située à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), est un édifice emblématique de l’art roman en Comminges. Son origine remonte au Petit Mas, site gallo-romain où existaient des cultes païens avant l’ère chrétienne. Au VIe siècle, après les invasions wisigothes, l’évêque de Lugdunum Convenarum (futur Saint-Bertrand-de-Comminges) s’y réfugie et y fonde un lieu de culte chrétien, lié à la légende de saint Gaudens, jeune berger martyrisé pour sa foi. La construction de l’église actuelle débute vers 1059 sous l’évêque Bernard II, comme en témoigne une charte cédant l’édifice aux chanoines. Le développement des pèlerinages vers Compostelle et le culte des reliques de saint Gaudens et de sa mère, sainte Quitterie, enrichissent la cité, située sur la via Tolosana.
Au XIe-XIIe siècles, le chapitre entreprend d’ambitieux travaux inspirés de Saint-Sernin de Toulouse : surélévation des voûtes, sculpture de chapiteaux par des tailleurs de pierre aragonais et navarrais, et construction d’un cloître au sud (1180-1185). Les ressources s’épuisant, le projet est adapté, et une salle capitulaire est ajoutée au XIIIe siècle sous l’influence des ordres mendiants. Les guerres de Religion ravagent l’intérieur en 1569 : le clocher et la toiture sont détruits, laissant l’édifice en ruine jusqu’au XIXe siècle. La Révolution française entraîne la désaffectation de l’église en 1791, la vente du cloître comme carrière de matériaux, et sa restitution au culte en 1804.
La restauration majeure intervient entre 1874 et la fin du XIXe siècle sous les architectes Laval, Laffolye et Louziers. Le clocher, démoli en 1804, est rehaussé à 47 mètres avec une flèche pyramidale, tandis que la toiture à deux pentes cède la place à un toit à décrochements. Le porche gothique flamboyant (XVIe siècle) remplace le portail roman détruit, et le chevet est remanié avec une tour carrée décorative. Les peintures murales (1860) par Dominique Denvelle et Pierre Lamothe, ainsi que les vitraux, datent de cette époque. Le cloître, démoli en 1810, est reconstitué en 1989 à partir de chapiteaux authentiques ou moulés, remontés sur des colonnes de marbre de Saint-Béat.
L’édifice conserve des éléments remarquables : 11 cloches du XIXe siècle (dont une de 1356, classée Monument Historique), un carillon de 36 cloches restauré en 1984, et un orgue de Dominique Cavaillé-Coll (1831). Parmi les trésors, les tapisseries d’Aubusson (XVIIe siècle), volées en 1989 et récupérées en 1997 après une enquête internationale, illustrent le martyre de saint Gaudens et des scènes religieuses. Un bas-relief gallo-romain (XIIe siècle?), représentant une Vierge à l’Enfant, sauvé en 1976, est aujourd’hui exposé au Musée des Pyrénées Centrales. La collégiale, entièrement rénovée entre 2017 et 2019, reste un témoignage majeur de l’histoire religieuse et artistique du Comminges.
Architecturalement, la collégiale présente un plan basilical pyrénéen sans transept, avec trois nefs parallèles menant à trois absides. Les chapiteaux historiés (XIe-XIIe siècles), sculptés par des artisans aragonais, décrivent des scènes bibliques, des monstres et des feuilles d’acanthe. La nef, voûtée en berceau, culmine à 16 mètres, tandis que le chœur, surmonté de tribunes, abrite des stalles du XVIIe siècle. L’abside, partie la plus ancienne, mêle éléments romans et restaurations du XIXe siècle. Le tympan du portail (XIIe siècle) conserve un chrisme en marbre, vestige du portail primitif.
Classée Monument Historique dès 1840, la collégiale illustre les évolutions stylistiques — du roman au gothique — et les bouleversements historiques (pèlerinages, guerres de Religion, Révolution). Son carillon, l’un des plus importants d’Occitanie, et ses tapisseries, chefs-d’œuvre de la Manufacture Royale d’Aubusson, en font un site patrimonial exceptionnel. La crèche de Noël et les expositions de crèches du monde (depuis 2019) perpétuent sa vocation culturelle et spirituelle.