Origine et histoire de la Collégiale Saint-Sauveur
La collégiale Saint-Sauveur de Grignan, située dans la Drôme (Auvergne-Rhône-Alpes), fut construite entre 1535 et 1544 sous l’impulsion de Louis Adhémar de Monteil, ambassadeur à Rome et proche de François Ier. L’édifice, d’abord conçu comme une église funéraire pour la famille Adhémar, remplace une ancienne église paroissiale Saint-Jean-Baptiste. Son architecture mêle gothique méridional (voûtes d’ogives, rosace flamboyante) et influences antiques, notamment dans son portail, inspiré par les séjours romains de son commanditaire. La bulle papale de 1539 érige l’église en collégiale, augmentant ses revenus et son prestige.
La collégiale est indissociable du château de Grignan, dont elle épouse le flanc sud-ouest. Sa terrasse, rare en France, offre une vue exceptionnelle sur la région et sert de couverture à l’édifice, une technique similaire à celle du château de Chambord. Endommagée lors des guerres de Religion (1568), elle est restaurée au XVIIe siècle par Louis-Gaucher de Castellane-Adhémar, qui y ajoute un retable baroque (1632) et une balustrade. La marquise de Sévigné, belle-fille des seigneurs de Grignan, y est inhumée en 1696 ; sa tombe, sous la terrasse, en fait un lieu de pèlerinage littéraire.
L’intérieur abrite des trésors artistiques : un orgue de 1662 (le plus ancien de la Drôme), des boiseries du XVIIe siècle, et des tableaux comme La Transfiguration (1630) ou La Déposition de croix, offert par Napoléon III. La chapelle de la Vierge, ouverte en 1681, et les stalles des chanoines (1543) témoignent de son rôle religieux et social. Classée dès 1840, la collégiale bénéficie de restaurations continues, notamment au XIXe siècle pour ses voûtes et sa terrasse, fragilisées par les infiltrations.
Le portail à l’antique (1539–1542), attribué au maître maçon Antoine Soysson, et l’escalier monumental (XIXe siècle) soulignent son statut de monument emblématique. La collégiale illustre aussi les tensions religieuses de l’époque : saccagée par les huguenots en 1568, elle est réaménagée pour séparer les offices canoniaux et paroissiaux après 1602. Son histoire reflète ainsi les mutations politiques, artistiques et spirituelles de la Renaissance à l’époque moderne.
Aujourd’hui, la collégiale reste un symbole du patrimoine drômois, lié à la fois à l’histoire locale (famille Adhémar), à la littérature (Sévigné) et à l’innovation architecturale. Sa couverture en terrasse, ses gargouilles fantastiques et son orgue classé en font un site majeur, géré par la commune et ouvert à la visite. Les associations locales, comme celle pour sa sauvegarde, perpétuent son entretien et sa valorisation.