Origine et histoire
La colline Saint-Eutrope, située au cœur d’Orange (Vaucluse), culmine à 105 mètres et domine le centre-ville, notamment le théâtre antique en contrebas. Ce site de 9,45 hectares, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2007 et classé en 1935 pour son environnement, abrite des vestiges archéologiques attestant une occupation continue depuis l’époque protohistorique jusqu’au XVIIe siècle. Ses flancs boisés et ses panoramas en font un décor naturel pour les monuments romains voisins, justifiant sa protection rigoureuse.
Le sommet offre une vue embrassant la plaine jusqu’à Avignon, les Cévennes et le mont Ventoux. Occupée aujourd’hui par une piscine abandonnée, des espaces panoramiques, une statue de la Vierge Marie et les ruines du château des princes de Nassau, la colline conserve aussi les traces d’une ancienne carrière et d’un cimetière (Saint-Clément). Un chêne y fut planté en 1952 par la reine Juliana des Pays-Bas, marquant son lien symbolique avec l’histoire locale.
À l’Antiquité, le site abritait probablement un capitole romain, remplacé plus tard par la basilique Saint-Eutrope (époque paléochrétienne). Au XIIe siècle, Tiburge de Nice fit reconstruire le castrum antique, puis les princes des Baux renforcèrent donjon et remparts au XIVe siècle pour résister aux Grandes Compagnies. Jean de Chalon y ajouta trois ailes, donnant au donjon une forme carrée. La citadelle moderne, édifiée par Maurice de Nassau (1621–1624) avec 11 bastions, fut détruite en 1672 sur ordre de Louis XIV en représailles contre Guillaume III d’Orange.
Les fouilles archéologiques (1981, 1991) ont révélé des citernes, des bastions, et des vestiges du château-capitole, confirmant l’importance stratégique du site. Les éléments protégés incluent le mur romain soutenant le théâtre, les vestiges de la basilique, et les sols archéologiques. La colline, propriété communale, reste un témoignage majeur des superpositions historiques, de l’Antiquité aux conflits religieux de l’époque moderne.
Le site illustre aussi l’évolution urbaine d’Orange : l’enceinte médiévale, plus restreinte que celle romaine, concentrait la population autour de la forteresse. La destruction de la citadelle au XVIIe siècle marqua la fin de son rôle militaire, mais son héritage architectural et paysager en fait un lieu emblématique, mêlant nature, histoire et patrimoine mondial.
Enfin, la colline Saint-Eutrope incarne la synthèse entre héritage antique (théâtre, basilique), pouvoir féodal (château des princes) et enjeux modernes (classements UNESCO, fouilles). Son abandon partiel aujourd’hui contraste avec son passé glorieux, soulignant les défis de préservation des sites multistrates.