Origine et histoire de la Colonne de Juillet
La colonne de Juillet, située place de la Bastille à Paris, fut érigée entre 1835 et 1840 pour commémorer les Trois Glorieuses (27-29 juillet 1830), révolution ayant renversé Charles X et instauré la monarchie de Juillet sous Louis-Philippe Ier. Le monument, inspiré de la colonne Trajane, fut conçu par Jean-Antoine Alavoine puis achevé par Joseph-Louis Duc après sa mort. Son fût en bronze porte les noms des 504 victimes de 1830, tandis que son sommet est orné du Génie de la Liberté (1839), sculpture d'Auguste Dumont symbolisant la liberté brisant ses chaînes.
Le socle de la colonne, construit sur les fondations inachevées de la fontaine de l'Éléphant napoléonienne (1808-1814), abrite une nécropole contenant les restes des révolutionnaires de 1830, transférés depuis le Jardin de l'Infante, ainsi que 196 victimes des émeutes de 1848. Le monument fut inauguré le 28 juillet 1840 avec une cérémonie grandiose incluant la Grande symphonie funèbre et triomphale d'Hector Berlioz, dirigée par le compositeur lui-même. La colonne, haute de 50,52 mètres, devint un symbole républicain majeur, notamment pendant la Commune de Paris (1871), où elle fut un lieu de rassemblement malgré des tentatives de destruction allégées.
Classée monument historique en 1995, la colonne a subi des restaurations, dont une en 2018-2021 permettant l'ouverture partielle de ses soubassements au public. Son accès complet (240 marches) reste cependant interdit pour des raisons de sécurité. Le Génie de la Liberté, reproduit sur la pièce de dix francs (1988-2001) et copié pour la Columna de la Independencia au Mexique (1910), incarne l'héritage révolutionnaire du monument. La colonne remplace plusieurs projets avortés, comme l'éléphant de la Bastille (maquette en plâtre détruite en 1846) ou la fontaine de la Régénération (1793), symbole des fêtes révolutionnaires.
Pendant la révolution de 1848, le trône de Louis-Philippe fut brûlé à ses pieds, et 196 nouveaux corps y furent inhumés. Sous la Commune, la place de la Bastille et sa colonne devinrent un bastion des fédérés, bien que des sources controversées évoquent une tentative de destruction par des explosifs acheminés via le canal Saint-Martin. Aujourd’hui, le monument, desservi par le métro Bastille, reste un lieu de mémoire centrale dans l’histoire politique française, mêlant art, architecture et symbolisme républicain.
Les artistes associés à la colonne incluent Jacques-Louis David (fontaine de la Régénération), Antoine-Louis Barye (sculptures de lions), et Auguste Dumont (Génie de la Liberté). Des anecdotes marquantes incluent les suicides depuis son sommet (dès 1841) ou son apparition dans des œuvres comme Les Misérables de Victor Hugo, où Gavroche vit dans l’éléphant de plâtre. Le sous-sol, traversant le canal Saint-Martin, abrite aussi par erreur des momies égyptiennes transférées depuis le Louvre.