Origine et histoire de la Commanderie de Coulommiers
La commanderie de Coulommiers, fondée entre 1172 et 1173 par l’ordre du Temple sur des terres offertes par Henri, comte palatin de Troyes, était un monastère-ferme fortifié situé sur une colline dominant la ville. Elle jouait un rôle clé dans la production céréalière (froment, avoine) et la gestion des routes commerciales vers les foires de Champagne, tout en servant de relais pour les pèlerins et de centre administratif pour l’Ordre. Son architecture mêlait fonctions religieuses, agricoles et militaires, avec une chapelle gothique, des granges, et un logis seigneurial.
En 1307, l’arrestation des Templiers par Philippe le Bel marque un tournant : la commanderie, confisquée, passe aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem en 1311. Ces derniers perpétuent son activité agricole et religieuse, ajoutant des éléments comme le colombier (XVIe siècle) et reconstruisant partiellement le logis au XVe siècle. La commanderie, alors appelée Commanderie de l’Hôpital, reste un domaine prospère jusqu’à la Révolution, où elle est saisie comme bien national, désacralisée, et transformée en ferme.
Devenue la ferme de l’Hôpital au XIXe siècle, le site échappe de justesse à la destruction dans les années 1960 grâce à une mobilisation locale. Classée Monument Historique en 1994, elle est aujourd’hui restaurée par des bénévoles de l’association ATAGRIF, qui y organisent des activités pédagogiques et culturelles. Son ensemble architectural, incluant chapelle, salle du chapitre, granges et cave templière, en fait l’une des commanderies les mieux conservées au nord de la Loire.
La commanderie illustre l’évolution des ordres religieux-militaires médiévaux, de leur apogée au XIIIe siècle à leur déclin après 1307. Son histoire reflète aussi les tensions entre pouvoir royal (Philippe le Bel), noblesse locale (comtes de Champagne), et ordres religieux, ainsi que les transformations agricoles et urbaines de la Brie, notamment au XXe siècle avec l’urbanisation massive autour du site.
Parmi les éléments remarquables, la chapelle Sainte-Anne (reconstruite en 1205) conserve des fresques templières et hospitalières, tandis que la salle du chapitre, voûtée en style roman, abritait les réunions secrètes des moines. Le logis du commandeur, partiellement remanié au XVe siècle, et la cave templière avec son souterrain obstrué, témoignent de l’ingénierie médiévale. Le jardin médiéval recréé en 1993 complète ce site, aujourd’hui dédié à la transmission des savoir-faire anciens.