Origine et histoire de la Commanderie de Jalès
La commanderie de Jalès, située dans la plaine de Berrias (Ardèche), est fondée vers 1140 par les Templiers, parmi les plus anciennes de France encore debout. Hugues de Payns et Raymond Pelet sont cités comme fondateurs. Initialement conçue comme un centre de collecte de fonds et de vivres sans vocation militaire, elle passe sous contrôle des Hospitaliers au XIVe siècle après les persécutions de Philippe le Bel. Les Hospitaliers la transforment en maison-forte, ajoutant tours, courtines et échauguettes pour se protéger pendant la guerre de Cent Ans.
Au XVIIIe siècle, la commanderie connaît un renouveau sous l’impulsion du commandeur Pierre-Emmanuel de Lauberivière de Quinsonas (à partir de 1740). Il en fait sa résidence en modernisant les lieux : création de trois appartements luxueux, introduction de cultures innovantes (vignes, mûriers, châtaigniers), et élevage de vers à soie. Les intérieurs, richement décorés (boiseries sculptées, cheminées en noyer, tapisseries de cuir doré), contrastent avec l’aspect extérieur médiéval, marqué par des murailles crénelées et un pont-levis. Lauberivière restaure aussi les droits féodaux et améliore la gestion des terres, dopant les revenus.
En 1782, la commanderie est confiée au bailli Pierre André de Suffren, héros naval de la guerre d’indépendance américaine. Bien qu’il n’y réside pas en permanence, il y effectue des séjours en 1786-1787, y recevant sa famille et y réalisant des aménagements pour plus de confort. Suffren apprécie particulièrement Jalès, qu’il qualifie de « fort logeable » avec son « bon potager ». Sa santé déclinante l’empêche d’y revenir en 1788, année de sa mort. La commanderie devient ensuite un foyer des Camps de Jalès, épisodes contre-révolutionnaires.
La chapelle, dédiée initialement à la Vierge Marie (1151) puis à sainte Marie-Madeleine au XIIIe siècle, conserve des éléments roman (abside semi-circulaire, nef à trois travées, portail en plein cintre) et des peintures murales médiévales. Transformée en grenier vers le XVIe siècle, elle illustre l’évolution du site. Le cellier et les bâtiments romanes, malgré les dégradations révolutionnaires, témoignent de son passé templier. Depuis 1981, l’ensemble est classé Monument Historique.
Aujourd’hui, la commanderie abrite une antenne du CNRS (Laboratoire Archéorient), spécialisée dans l’étude du Proche-Orient ancien, et accueille des événements culturels comme le festival Labeaume en Musique. Les visites, organisées par l’association Act’Jalès, permettent de découvrir ce site mêlant histoire médiévale, architecture militaire et héritage aristocratique du XVIIIe siècle.