Origine et histoire de la Commanderie des Templiers d'Arville
La commanderie d’Arville, située à Couëtron-au-Perche (Loir-et-Cher), est une ancienne maison templière fondée au XIIe siècle sur des terres données par un seigneur local. Les Templiers y défrichent la forêt pour créer des zones de culture et de pâturage, confirmant leur présence dès 1169. La commanderie, intégrée à la Baillie de Chartres, comprend alors plusieurs maisons secondaires comme celle du Temple-près-Mondoubleau. L’église et le porche d’entrée, partiellement construits au XIIe siècle, complètent un ensemble clos incluant logis, bâtiments agricoles et mur d’enceinte.
À partir du XIVe siècle, après la dissolution de l’ordre du Temple en 1312, le site passe aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ces derniers réorganisent la commanderie, désormais rattachée à Sours près de Chartres, et renforcent ses fortifications, probablement en réponse aux troubles de la guerre de Cent Ans. Les Hospitaliers exploitent le domaine en fermage, percevant dîmes, impôts et droits seigneuriaux (justice, pêche, péage). Un terrier de 1495 décrit une maison vétuste et une église paroissiale servie par un frère chapelain.
Au XVIe siècle, une campagne de restauration transforme le porche d’entrée (ajout de tours et d’un pavillon décoré de briques), modernise les communs, la grange dîmière et le pigeonnier, et érige un four banal. La commanderie, désormais appelée « Château d’Arville », est gérée par des fermiers qui logent sur place, tandis que les commandeurs résident souvent à Blois ou Paris. Les Hospitaliers y exercent haute, moyenne et basse justice, avec des fourches patibulaires encore mentionnées au XVIIIe siècle. L’église, dédiée à Notre-Dame puis à Saint-Louis en 1729, conserve un mobilier offert par les commandeurs (lutrin, tableau de 1625).
La Révolution française entraîne la confiscation des biens hospitaliers en 1791. La commanderie est vendue à des particuliers en 1793, puis morcelée : l’église, épargnée, est entretenue, tandis que le porche devient l’hôtel de ville en 1876. Au XXe siècle, une réhabilitation menée par un syndicat intercommunal (à partir de 1982) et l’association Chantier Histoire et Architecture Médiévales restaure les bâtiments. Depuis 1999, le site, géré par une association locale, propose visites, hébergements et animations culturelles, bénéficiant en 2024 d’une subvention de 90 000 € via la Mission Patrimoine.
L’organisation spatiale de la commanderie repose sur un enclos muré de 5 à 6 mètres de haut, doté de trois tours (une subsiste) et d’un fossé sec. Le porche fortifié, avec son pont-levis et ses canonnières, date principalement du XVIe siècle, bien que sa base en arc brisé remonte au XIIe. La grange dîmière, aux contreforts de brique, abrite une charpente du XVIe siècle, tandis que le pigeonnier, symbole seigneurial, remplace un colombier médiéval. Les communs, alignés le long du ruisseau du Couëtron, incluent écuries, logis et un tripot (salle de jeu de paume).
Les Templiers d’Arville, au nombre de sept en 1209, incluent un commandeur, un chapelain, un clerc et des frères servants (vignerons, meuniers, charretiers). Leur domaine, autosuffisant, génère des excédents envoyés au Trésor du Temple à Paris (755 livres en 1295-1296). Les conflits avec la noblesse locale, comme Geoffroy V de Châteaudun, illustrent les tensions pour les droits seigneuriaux. Après 1373, les Hospitaliers réduisent les effectifs et privilégient l’affermage, tout en maintenant la justice et les droits féodaux jusqu’à la Révolution.