Origine et histoire de la Digue et des écluses
Le canal de l'Eure, aussi appelé canal Louis XIV, fut initié en 1685 pour acheminer l’eau de l’Eure jusqu’aux fontaines de Versailles. Conçu par Vauban, ce projet colossal visait à résoudre les pénuries d’eau du château, malgré les limites de la machine de Marly. Le chantier mobilisa jusqu’à 30 000 hommes, dont 22 000 soldats, mais fut interrompu en 1688 par la guerre de la Ligue d’Augsbourg et jamais repris.
La digue et les écluses de Boizard, situées à Pontgouin, marquaient le point de captage des eaux de l’Eure. Un barrage y créait un lac artificiel de six kilomètres, alimentant le canal vers Rambouillet. Malgré 9 millions de livres dépensées et 10 000 morts (fièvre paludéenne, accidents), le projet resta inachevé. Les vestiges, comme les écluses classées Monument Historique en 1910, témoignent de cette ambition démesurée.
Vauban, assisté d’ingénieurs militaires comme Isaac Robelin ou Mesgriny, utilisa des techniques innovantes : canaux d’approche pour les matériaux, fours à chaux à la houille, et siphons en fonte pour franchir les vallées. Le marquis d’Uxelles supervisa le camp militaire d’ouvriers-soldats. L’aqueduc de Maintenon, autre ouvrage phare, culmine à 28,50 m avec 47 arcades, mais ne fut jamais terminé.
Aujourd’hui, des vestiges subsistent le long du tracé prévu, dont des arches (Saint-Arnoult-des-Bois), un tunnel de 161 m à Berchères-Saint-Germain, et des portions en eau comme à Bailleau-l’Évêque. Ces ouvrages, classés ou inscrits, rappellent l’audace technique et les drames humains de ce chantier royal, symbole des excès de l’absolutisme.
Le contexte hydraulique de Versailles expliquait ce projet : la cour de Louis XIV, en pleine expansion, exigeait des fontaines toujours plus spectaculaires. La machine de Marly, insuffisante, ne fournissait que 3 200 m3/jour au lieu des 6 400 nécessaires. Le canal de l’Eure devait pallier ce déficit, mais la guerre et les finances royales en décidèrent autrement.