Origine et histoire du dolmen Allée de la Justice
L’allée couverte de la Justice, située à Épône dans les Yvelines, est un monument mégalithique érigé durant le Néolithique récent. Son nom provient du lieu-dit « Champtier de la Justice », attesté depuis le XIIe siècle. Le site, implanté à un kilomètre au sud de la Seine dans une plaine inondable, fut partiellement détruit en 1793 par des habitants cherchant un trésor supposé. Les fouilles menées en 1881 par Perrier du Carne et Manouvrier révélèrent une chambre funéraire de 11,70 m de long, délimitée par des orthostates en grès et calcaire, initialement recouverte d’un tumulus. Trois tables de couverture subsistent aujourd’hui, dont une consolidée par un pilier en béton lors d’une restauration ultérieure.
Les fouilles de 1881 permirent de découvrir deux couches d’inhumations séparées par des plaquettes calcaires, abritant environ soixante dépouilles en position fléchie. Parmi les vestiges, trois crânes présentaient des traces de trépanation ou de mutilations, tandis qu’un foyer fut identifié sous le dallage, sans lien apparent avec les sépultures. Le mobilier funéraire incluait des outils en silex (haches polies, lames de Grand-Pressigny, pointes de flèches), des éléments de parure (amulettes, oursin fossile) et des poteries grossières, illustrant les pratiques rituelles et artisanales du Néolithique récent.
Classée monument historique en 1889, l’allée couverte fut à nouveau explorée sans succès en 1953-1954 par l’archéologue Eugène Eble, avant d’être restaurée et remblayée. Les destructions de 1793 ont effacé toute trace éventuelle d’une antichambre ou d’une architecture d’entrée originale. Les matériaux utilisés (grès, calcaire, meulière, poudingue) proviennent tous d’affleurements locaux, situés dans un rayon de 3 à 4 km. Le site, propriété de la commune, reste un témoignage majeur des communautés néolithiques de la région parisienne, liées à la plaine alluviale de la Seine.
Armand Cassan, visiteur du site en 1833, joua un rôle clé en dissuadant le propriétaire de l’époque de détruire entièrement le monument. Ses observations, combinées à celles de la comtesse de Maule, confirmèrent la présence initiale d’un tumulus protecteur, aujourd’hui disparu. Les crues répétées de la Seine ont altéré les couches archéologiques, compliquant l’interprétation des vestiges, mais les découvertes (ossements, outils, parures) offrent un éclairage précieux sur les rites funéraires et l’organisation sociale des populations locales entre 3000 et 2500 av. J.-C.