Origine et histoire
Le dolmen de Barbehère, situé à Saint-Germain-d'Esteuil (Gironde), est le seul dolmen en état du Médoc et renferme de nombreux vestiges néolithiques et chalcolithiques. Monument mégalithique de type allée couverte proche, sur le plan architectural, des dolmens à couloir, il présente toutefois une originalité caractéristique des allées d'Aquitaine. Érigé au Néolithique moyen, il a été réutilisé par différentes cultures jusqu'au Chalcolithique.
Le site apparaît sur la carte de la Gironde de 1875 comme un « tumulus » et la même année J. B. Gassies évoque, sous le nom de « dolmen du Bois Charnier », un monument violé où l'on avait recueilli des squelettes au centre de la cella; François Daleau le situe alors « près de Potensac, commune d'Ordonnac ». Au début du XXe siècle une controverse sur l'existence éventuelle d'un deuxième dolmen voisin s'éteint rapidement faute de traces du « Bois Charnier ». En 1904 le docteur Jeanty, propriétaire, entreprend des fouilles; le monument est ensuite mentionné à plusieurs reprises au XXe siècle et parfois fouillé clandestinement. Une fouille de sauvetage intervient en 1987, suivie d'une fouille programmée de 1988 à 1991, et le site est inscrit au titre des monuments historiques en 1989.
Le dolmen est implanté en basse terre à 12 m d'altitude et s'organise autour d'un tumulus oblong d'environ 20 m de long sur 17 m de large et 2 m de haut. Ce tumulus est formé d'une forte masse d'argile sableuse déposée sur le paléosol et recouverte superficiellement de petits blocs calcaires ; il ne comporte pas de cairn au sens strict mais est ceinturé d'un muret de gros blocs, ce qui suggère à l'origine un tumulus en forme de polygone allongé. L'allée couverte, édifiée sur le substrat calcaire affleurant dans la partie est du tumulus, s'étire sur 6,30 m et s'ouvre à l'est/sud-est.
Les orthostates décroissent régulièrement en hauteur et en largeur du chevet vers l'entrée, mais la largeur de l'allée est inégale : supérieure à 2 m à l'entrée et au chevet, elle se rétrécit fortement au centre au niveau de deux orthostates posés sur chant qui segmentent l'espace intérieur en une chambre funéraire presque trapézoïdale de 4 m sur 2 m et un court vestibule. Pour Marc Devignes, cette combinaison de décroissance régulière et de largeur irrégulière correspond à la variante dite « allée d'Aquitaine », tandis que Roger Joussaume y voit un monument hybride, à mi-chemin entre dolmen et allée couverte. Dans le groupe des allées d'Aquitaine, la compartimentation se rencontre ailleurs (Grézac 2, la Borie Neuve 1, Passage-de-Serbat) mais, contrairement à ces exemples où elle est réalisée par une seule grande dalle, la segmentation de Barbehère repose sur deux dalles symétriques séparées par une ouverture d'environ 1 m et associées aux orthostates du chevet, particularité remarquable.
Les orthostates du fond de la chambre ont été régularisés par bouchardage et la chambre contenait deux fragments d'ocre rouge, indice possible d'une ornementation comparable à celle observée dans l'ouest de la péninsule ibérique, avec chambre polygonale précédée d'un vestibule et dalles de fond ornées. Aucune trace certaine de tables de couverture n'existe ; elles ont peut‑être été entièrement détruites ou remplacées par des éléments en bois. Toutes les dalles sont en calcaire de Saint-Estèphe, extrait d'une butte voisine située à environ 500 m à l'ouest.
Au début du XXe siècle, un instituteur a découvert à l'entrée une hache en pierre polie. Lors des fouilles de 1904, un très grand volume d'ossements et quelques artefacts furent extrait mais la plupart du matériel a été perdu ; seul subsiste le compte rendu de l'abbé J. Labrie. Les ossements, en mauvais état, furent étudiés par L. Manouvrier qui recensa 19 individus (16 hommes, 2 femmes, 1 enfant) tout en estimant que la sépulture avait pu accueillir environ 80 inhumations. Selon Labrie, le mobilier comprenait une pointe de flèche en silex à ailerons et pédoncule, des éclats de silex, quatre perles en calcaire, une rondelle en os et des tessons campaniformes.
Les fouilles de 1988‑1991 ont livré plus de 2 000 dents et près de 50 000 fragments osseux, mais la mauvaise conservation des os et l'absence de charbons ont empêché toute datation par carbone 14. La céramique est abondante : 1 020 tessons dont 510 identifiables, majoritairement néolithiques mais comportant aussi des éléments campaniformes, protohistoriques, gallo-romains et modernes; 178 tessons ont été découverts au niveau du paléosol. Une poterie à dégraissant siliceux fin, à fond rond et sans décor, comparable à celle du tumulus E de Bougon, est attribuée au Néolithique moyen, et sur les 510 tessons du monument 333 sont rattachés au Peu-Richardien. Le mobilier lithique comprend 82 outils de silex (armatures tranchantes, pointes à pédoncule et ailerons, perçoir, grattoir) attribuables au Néolithique moyen ou récent (Peu-Richardien).
Les éléments de parure reflètent des occupations successives : une centaine de perles en calcaire de Saint-Estèphe et une cinquantaine de dentales sont liées au Néolithique moyen, tandis que trois tortillons en or correspondent au Chalcolithique. L'ensemble des données traduisant une longue réutilisation, le monument paraît avoir été élevé au Néolithique moyen par une culture inconnue, puis réoccupé par des groupes identifiés comme Matignons, Artenaciens, Peu-Richardiens et Campaniformes.