Origine et histoire du dolmen de la Pierre Couvretière
Le dolmen de la Pierre Couvretière, situé à Ancenis-Saint-Géréon en Loire-Atlantique, est un monument mégalithique de l’âge du bronze, classé au titre des monuments historiques en 1926. Il se distingue comme le seul dolmen encore visible dans le Pays d'Ancenis, initialement posé en bord de Loire, aujourd’hui enclavé dans une zone industrielle. Son architecture, typique des dolmens à couloir, comprend une table de couverture en conglomérat, deux orthostates en grès et un pilier en gneiss, ce dernier suggérant un transport de matériaux sur plusieurs kilomètres.
Les fouilles archéologiques menées en 1972 par Jean L'Helgouach et en 1973 par Daniel Prigent ont révélé un riche matériel funéraire : 76 outils en silex, 70 tessons de poterie campaniforme, des objets en métal (or et cuivre), ainsi que des ossements humains et animaux datés entre 2880 et 2990 BP. Ces découvertes attestent d’une réutilisation du site par les populations locales, liées aux habitats voisins dans le lit de la Loire. Le dolmen, partiellement détruit pour servir de carrière, conserve des traces de son tumulus d’origine, aujourd’hui presque disparu.
Selon une légende locale, le dolmen serait lié à un pacte entre Dieu et Satan : ce dernier, chargé de trois pierres, aurait abandonné son fardeau en entendant le chant du coq, donnant naissance au nom alternatif de Pierre du Diable. Le site, menacé par l’urbanisation dans les années 1960, a été préservé in situ après des campagnes de nettoyage et de fouilles. Malgré des efforts de mise en valeur (panneaux didactiques dans les années 1980), il reste vulnérable, témoin fragile d’un patrimoine mégalithique régional.
La table de couverture, inclinée à 45° et partiellement immergée, est la seule partie visible aujourd’hui. Les orthostates, dont l’un comporte une cupule artificielle, et les vestiges du tumulus (pierrailles calcaires) révèlent une structure initialement plus imposante. Les ossements exhumés, incluant 4 crânes et les restes d’au moins 10 individus, ainsi que des animaux (bœufs, porcs, chat sauvage), éclairent les pratiques funéraires et le mode de vie des populations de l’âge du bronze en bord de Loire.
Le dolmen illustre aussi les défis de conservation des sites archéologiques en milieu urbain. Son classement en 1926 et les fouilles des années 1970 ont permis de documenter son histoire, mais son environnement continue de se dégrader. Les objets découverts, comme une plaquette en or et un ciseau en cuivre, soulignent son importance culturelle, tandis que sa légende rappelle l’imaginaire populaire associé aux mégalithes.