Frise chronologique
5640–5550 av. J.-C.
Occupation mésolithique
Occupation mésolithique
5640–5550 av. J.-C. (≈ 5595 av. J.-C.)
Amas coquillier sous le tumulus.
4500–4090 av. J.-C.
Construction du dolmen
Construction du dolmen
4500–4090 av. J.-C. (≈ 4295 av. J.-C.)
Néolithique moyen, chambre compartimentée.
2884–2500 av. J.-C.
Construction de l’allée couverte
Construction de l’allée couverte
2884–2500 av. J.-C. (≈ 2692 av. J.-C.)
Néolithique final, inhumations complètes.
1881
Fouilles de Paul du Chatellier
Fouilles de Paul du Chatellier
1881 (≈ 1881)
Première exploration du tumulus endommagé.
1946
Fouilles de Pierre-Roland Giot
Fouilles de Pierre-Roland Giot
1946 (≈ 1946)
Découverte des deux monuments superposés.
1960
Classement monument historique
Classement monument historique
1960 (≈ 1960)
Protection de la presqu’île et du site.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
La presqu'île contenant des tumulus et des gisements préhistoriques (cad. A 610p) : classement par arrêté du 13 juin 1960
Personnages clés
| Paul du Chatellier - Archéologue |
Premières fouilles en 1881, signale les dommages. |
| Pierre-Roland Giot - Archéologue |
Fouilles de 1946, identifie les deux monuments. |
| Jean L'Helgouach - Archéologue |
Analyse l’architecture en 1965. |
| Charles Bénard Le Pontois - Historien |
Théorie du « centre de rayonnement » en 1919. |
Origine et histoire
Le dolmen de la pointe de la Torche, aussi appelé tumulus de Beg an Dorchenn (« pointe du coussin » en breton), est situé sur une presqu’île de Plomeur, dans le Finistère. Ce site mégalithique exceptionnel comprend deux monuments superposés : un dolmen à couloir daté du Néolithique moyen (vers 4500–4090 av. J.-C.) et une allée couverte du Néolithique final (vers 2884–2500 av. J.-C.). Les deux structures sont enfouies dans des cairns superposés, adossés à une saillie naturelle de granulite. Le dolmen, de type « carnacéen et méridional », présente une chambre compartimentée, tandis que l’allée couverte, orientée différemment, repose sur le versant oriental du cairn inférieur.
Le site révèle une occupation humaine dès le Mésolithique final (vers 5640–5550 av. J.-C.), attestée par un amas coquillier sous le tumulus. Les fouilles, notamment celles de Pierre-Roland Giot en 1946, ont mis au jour des ossements humains dans les deux monuments, suggérant des pratiques funéraires distinctes : dispersion des ossements dans le dolmen et inhumations complètes dans l’allée couverte. Le mobilier archéologique (silex, poteries, parures en or) et les datations au carbone 14 ont confirmé l’ancienneté remarquable du site, parmi les plus anciens dolmens à couloir d’Europe.
La presqu’île, endommagée par des constructions militaires (poste de garde-côtes au XIXe siècle, casemates allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale), a été classée monument historique en 1960. Elle fait partie depuis 1989 du site naturel classé de la baie d’Audierne. Le dolmen de Beg an Dorchenn est considéré comme un « centre de rayonnement » pour les constructeurs mégalithiques locaux, notamment en raison de l’alignement de 600 à 700 menhirs voisins vers son sommet. Les objets découverts sont exposés au Musée de préhistoire finistérien de Penmarc’h.
L’architecture du tumulus, combinant cairns artificiels et relief naturel, illustre une maîtrise technique avancée pour l’époque. Les différences entre les deux monuments (orientation, garniture, traitement des défunts) reflètent une évolution des croyances et des pratiques sociales entre le Néolithique moyen et final. Le site offre ainsi un témoignage unique sur les rituels funéraires, l’organisation spatiale et les échanges culturels en Bretagne préhistorique.
Les fouilles ont également révélé un amas coquillier mésolithique sous le cairn inférieur, indiquant une occupation antérieure à la construction des monuments. Ce niveau, composé de cendres et de résidus de coquillages, suggère une exploitation intensive des ressources marines par les populations locales avant l’ère mégalithique. La superposition des cairns et la réutilisation du site à différentes époques soulignent son importance symbolique et stratégique sur plusieurs millénaires.
Pierre-Roland Giot a souligné l’intérêt exceptionnel du tumulus pour la chronologie des civilisations bretonnes, notamment grâce aux datations précoces des ossements. Le site, associé à d’autres tumulus voisins comme celui du Rosmeur à Penmarc’h, éclaire les pratiques de « cimetière de premier degré » (inhumations temporaires avant transfert des ossements). Les dommages subis au XXe siècle ont motivé des campagnes de restauration et de protection, faisant de la pointe de la Torche un lieu majeur pour l’étude du mégalithisme armoricain.