Frise chronologique
Néolithique récent - Chalcolithique
Construction du dolmen double
Construction du dolmen double
Néolithique récent - Chalcolithique (≈ 4100 av. J.-C.)
Période d'édification en deux phases distinctes.
1968-1969
Fouilles archéologiques
Fouilles archéologiques
1968-1969 (≈ 1969)
Campagne dirigée par Jean Clottes et Michel Carrière.
28 février 2012
Inscription aux Monuments Historiques
Inscription aux Monuments Historiques
28 février 2012 (≈ 2012)
Protection officielle du dolmen et de son tumulus.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Le dolmen (cad. I 20, lieudit Courgnoulades) : inscription par arrêté du 28 février 2012
Personnages clés
| Jean Clottes - Préhistorien et archéologue |
A défini le concept de *dolmen double* après les fouilles. |
| Michel Carrière - Archéologue collaborateur |
Co-dirigeant des fouilles de 1968-1969 avec Clottes. |
| Jacques-Antoine Delpon - Historien local (XVIIIe-XIXe siècle) |
Premières observations architecturales du dolmen. |
Origine et histoire
Le dolmen du Pech de Grammont, situé à Gramat dans le Lot, est un édifice mégalithique exceptionnel daté du Néolithique récent et du Chalcolithique. Il se distingue par son architecture en dolmen double, concept défini par Jean Clottes après les fouilles de 1968-1969 menées avec Michel Carrière. Ce monument, inscrit aux Monuments Historiques en 2012, est l’archétype des dolmens doubles, avec deux chambres sépulcrales juxtaposées sous un même tumulus ovale (19 m × 16 m). Une particularité unique en Quercy réside dans la présence d’un coffre intérieur dans le grand dolmen et d’une dalle-hublot, soigneusement polie, doublant la dalle de fermeture.
Le site a été édifié sur une crête dominant une doline et la vallée de l’Alzou. Le petit dolmen (1,60 m × 1 m), orienté à l’est, possède une chambre rectangulaire aux orthostates inclinés, tandis que le grand dolmen (2,80 m × 2 m) présente des traces de pillage (table brisée) et un sol contenant des vestiges osseux fragmentés. Les fouilles ont révélé des offrandes funéraires distinctes : perles en calcite et tessons de poterie (culture des champs d’urnes) dans le petit dolmen ; 605 perles en coquillage, pointes de flèches en silex, et coquilles méditerranéennes dans le grand dolmen. Un dépôt de 83 perles et 51 boutons prismatiques a aussi été découvert près de l’entrée.
L’analyse des vestiges osseux suggère un minimum de 9 à 10 individus dans le petit dolmen et 22 à 25 dans le grand, avec des dents et astragales comme principaux marqueurs. Les différences architecturales et le mobilier funéraire divergent entre les deux dolmens indiquent une construction en deux phases distinctes, selon Jean Clottes. Le tumulus, constitué de blocs de pierre et de terre, a favorisé la végétation, altérant partiellement la structure. Les murettes en pierres sèches entourant chaque dolmen (arrondie pour le petit, rectangulaire pour le grand) auraient servi à stabiliser l’édifice lors de la pose des tables.
La dalle-hublot, perpendiculaire à la dalle de fermeture du grand dolmen, est une rareté régionale. Son ouverture circulaire (0,40 m de diamètre) et ses bords polis témoignent d’un travail artisanal soigné. Installée a posteriori, elle double partiellement la dalle d’entrée, contrairement aux autres éléments du monument, enfoncés dans le sol. Les fouilles antérieures, notamment celles de Jacques-Antoine Delpon (dont les découvertes sont aujourd’hui perdues), avaient déjà souligné l’originalité du site. Le dolmen illustre ainsi des pratiques funéraires évolutives et des rites spécifiques, comme le suggère la comparaison avec le dolmen du Rat.
L’interprétation de Jean Clottes propose une chronologie en deux temps : le petit dolmen aurait été construit en premier, suivi du grand dolmen, modifiant la forme initiale du tumulus. Les raisons de cette juxtaposition restent inconnues, mais les différences de construction et de mobilier confirment un décalage temporel. Le site, fouillé en 1968-1969, a livré des artefacts révélateurs des échanges culturels (coquilles méditerranéennes) et des techniques artisanales (perles en test de coquillage, silex taillés). Aujourd’hui, il constitue un témoignage majeur du mégalithisme quercynois et des pratiques sépulcrales du Chalcolithique.