Origine et histoire du dolmen de Saillant
Le dolmen de Saillant, aussi nommé Palet de Roland ou Grotte aux Fées, est un édifice mégalithique érigé au Néolithique final (Chalcolithique, vers 2500-2000 av. J.-C.). Composé de cinq orthostates en basalte – roche volcanique locale – et d’une table de couverture octogonale, il illustre l’architecture funéraire collective de cette période.
Son orientation ouest et sa chambre pavée de dalles suggèrent un usage rituel lié au culte des ancêtres, typique des sociétés agro-pastorales protohistoriques. À l’âge du Bronze (2000-800 av. J.-C.), le site fut réutilisé, comme en attestent les tessons de poteries à anses et les haches polies découvertes aux alentours.
Cette réappropriation reflète les mutations culturelles de l’époque, marquées par l’émergence de la métallurgie et de nouvelles pratiques funéraires. Le dolmen s’inscrit alors dans un réseau de monuments mégalithiques disséminés en Auvergne, témoignant d’une occupation humaine dense et organisée. La première description scientifique du dolmen revient au Dr François Pommerol en 1876, médecin et archéologue amateur.
Ses fouilles révélèrent des ossements (un adulte et un enfant) ainsi qu’un mobilier lithique et céramique, confirmant la vocation sépulcrale du lieu. Pommerol nota aussi la présence d’un tumulus de 7 mètres de diamètre, partiellement conservé, et d’un possible sixième orthostate, aujourd’hui disparu. Classé monument historique dès 1862, le dolmen de Saillant bénéficie d’une protection précoce, reflétant l’intérêt naissant pour le patrimoine mégalithique sous le Second Empire.
Cette reconnaissance s’inscrit dans le mouvement romantique du XIXe siècle, qui idéalise les vestiges préhistoriques comme symboles d’une identité nationale profonde. Le site est aujourd’hui un lieu de visite prisé, intégré aux circuits touristiques du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne. Malgré son état partiellement altéré (érosion, végétation), le dolmen reste un exemple remarquable de l’architecture mégalithique auvergnate.
Les études récentes, comme celles de Sylvie Amblard (CNRS, 1983), ont permis de préciser sa datation et son contexte régional. Le site fait aussi l’objet de mesures de conservation pour limiter les dégradations naturelles, tout en préservant son authenticité. La légende locale associe le dolmen au Palet de Roland, évoquant le chevalier mythique ou Samson, soulignant son ancrage dans l’imaginaire populaire.
Cette dimension folklorique, couplée à sa valeur archéologique, en fait un monument à double héritage : scientifique et culturel. Les visites guidées mettent souvent en avant ces récits, renforçant l’attractivité du site auprès du grand public. En 2023, le dolmen de Saillant figure parmi les sites mégalithiques emblématiques du Puy-de-Dôme, aux côtés des dolmens de la Pierre de la Fade ou de Besse-et-Saint-Anastaise.
Son inclusion dans les bases de données patrimoniales (Mérimée, Wikimedia Commons) et les publications spécialisées assure sa pérennité comme objet d’étude et de valorisation. Les projets de médiation culturelle, comme les ateliers pédagogiques, visent à sensibiliser les jeunes générations à ce patrimoine fragile. Le basalte utilisé pour sa construction, typique des paysages volcaniques auvergnats, rappelle l’adaptation des bâtisseurs néolithiques aux ressources locales.
Cette pierre, résistante mais difficile à tailler, témoigne d’un savoir-faire technique avancé pour l’époque. Les comparaisons avec d’autres dolmens régionaux, comme celui de La Geneste (Cantal), révèlent des similitudes architecturales qui suggèrent des échanges entre communautés préhistoriques. Enfin, le dolmen de Saillant incarne la mémoire des premiers agriculteurs-sédentaires d’Auvergne.
Son étude contribue à comprendre les transitions culturelles entre Néolithique et âge des Métaux, périodes charnières de l’histoire européenne. En tant que vestige tangible de ces sociétés disparues, il joue un rôle clé dans la transmission du patrimoine immatériel lié aux rites funéraires et aux croyances ancestrales.