Origine et histoire du dolmen de Ty-ar-Boudiged
Le dolmen de Ty-ar-Boudiged, appelé aussi « la maison des fées », est un exemplaire remarquable de sépulture en V, type de transition entre dolmens à couloir et allées couvertes. Il se situe sur la commune de Brennilis, dans le Finistère, et apparaît déjà sur le cadastre napoléonien. Mentionné pour la première fois par R.-F. Le Men en 1876, il fut acquis puis fouillé sommairement par R. de Kerret, membre de la Société archéologique du Finistère, qui en fit don à cette société en 1878. Paul du Châtellier en dressa un premier plan en 1907, plan qui comportait cependant des erreurs d'orientation et des extrapolations architecturales. Un pilier de maçonnerie fut édifié à l'intérieur de la chambre autour de 1929-1930 à la demande de Saint-Just Péquart pour renforcer une table de couverture fissurée. Plusieurs chercheurs ont étudié le monument : Pierre-Roland Giot demanda son classement en 1956, Jean L'Helgouach le décrivit et en releva un plan en 1965, et Michel Le Goffic y mena des campagnes de fouille en 1990 et 1991 avant une restauration partielle et l'ouverture au public. La propriété passa au département du Finistère en 1987 ; la protection au titre des monuments historiques fut obtenue par arrêté le 18 septembre 1995 après des demandes engagées dès 1968 et renouvelées en 1989.
Le dolmen s'inscrit dans un tertre de plan piriforme dont le péristalithe est partiellement détruit, la partie arrière ayant été arasée. La chambre mesure 13,40 m de long et s'élargit régulièrement, la largeur passant d'environ 1,20 m à l'entrée à 2,20 m au niveau de la dalle de chevet ; la hauteur sous dalle croît également depuis l'entrée (1,20 m) jusqu'au fond (1,73 m). La paroi nord est presque rectiligne et formée de sept orthostates, trois d'entre eux se chevauchant, tandis que la paroi sud, composée de six orthostates, s'évase puis s'aligne parallèlement à l'axe central ; les orthostates sont légèrement inclinés vers l'intérieur. Trois grandes tables de couverture recouvrent l'ensemble ; celle du fond est particulièrement massive (5,50 m sur 5 m et 0,70 m d'épaisseur, poids estimé à 40 tonnes) mais présente une cassure qui a pu servir d'accès à des pilleurs. Près de l'entrée, il manque deux à trois dalles de couverture sur environ 5 m de longueur. La dalle de chevet est de forme subtrapézoïdale et un orthostate placé obliquement à 3,20 m de celle-ci, qui ne touche pas la table de couverture, a été interprété comme une stèle ou une cloison ; le premier pilier nord comporte des encochements correspondant à une tentative de débitage. Les dalles sont en granite porphyroïde d'origine locale.
La partie occidentale du tertre a été endommagée par l'agriculture, mais la découverte d'un orthostate parallèle à la dalle de chevet et situé à 4 m de celle-ci permet d'estimer l'extension maximale du péristalithe ; ce dispositif forme deux branches en croissant convergeant vers la dalle de chevet. Michel Le Goffic a proposé deux interprétations pour une dalle basse trouvée en avant : soit il s'agit d'un orthostate du péristalithe primitif brisé et fortement érodé, soit il s'agit d'une dalle de seuil liée à une cella placée derrière la dalle de chevet, comme on en rencontre dans d'autres monuments comparables.
L'intérieur du dolmen ayant été pillé à une époque indéterminée, le mobilier découvert lors des fouilles de 1990-1991 provient principalement du tertre et des abords de l'entrée. Le petit mobilier néolithique comprend des éléments lithiques — trois disques en schiste bleu, une dizaine d'éclats et un petit grattoir en silex, trois percuteurs en quartz et quartzite, et un fragment de molette en grès — ainsi qu'une céramique fragmentaire composée d'une centaine de tessons d'un vase à fond plat de facture grossière utilisant un dégraissant granitique, des tessons de vases de meilleure qualité, des fragments de vases montés au colombin et des éléments de deux gobelets campaniformes décorés de pointillés et de lignes parallèles. Les analyses radiocarbone sur des charbons de bois situent une occupation entre -3497 et -3053 av. J.-C.
Le site est entouré de traditions populaires : il est qualifié de maison des fées et des récits rapportent qu'il aurait été bâti par des nains en lutte contre des géants ou, dans une autre version, habité par des korrigans qui protégeaient la vertu des fiancées et punissaient les comportements déplacés des promis. Une tradition recueillie par l'abbé Abgrall évoque une tombe de géant qu'il fallut plier en neuf pour l'y faire entrer, légende qui pourrait en réalité se rapporter à un affleurement rocheux naturel connu sous le nom de Bez-Guevrel, près du cimetière de Brennilis.