Origine et histoire du dolmen des Trois Pierres
Le dolmen des Trois-Pierres, aussi nommé Pierre Percée ou Pierre Trouée, est une allée couverte de type Seine-Oise-Marne érigée sur un coteau surplombant la rivière Troësne, à Trie-Château (Oise). Son architecture originale comprend un vestibule étroit (2 m x 1 m) séparé de la chambre funéraire (7-8 m de long) par une dalle percée d’un trou circulaire de 40-45 cm, appelé « trou des âmes ». Ce passage symbolique, aujourd’hui endommagé, servait probablement à introduire les défunts. Les dalles en calcaire local, extraites d’un affleurement proche, ne comptent plus qu’une table de couverture intacte (3,80 m), celle du vestibule.
La première mention écrite du monument remonte à 1763, suivie d’une gravure au début du XIXe siècle. Une fouille non documentée aurait eu lieu en 1836, mais les seules investigations attestées datent de 1876, menées par Léon de Vesly et Alfred Fitan. Leurs découvertes se limitent à des ossements humains près de l’entrée, une hache polie en silex, une hache non polie, des tessons de poterie grossière, ainsi que des fragments de tuile romaine et de bronze, peut-être apportés par ruissellement. Le dolmen, classé monument historique dès 1862, fut partiellement détérioré par ces fouilles.
Le site s’inscrit dans un paysage mégalithique plus large : un menhir (Bois de la Garenne) se dresse à 200 m au nord-est, et plusieurs stations néolithiques sont répertoriées dans un rayon de quelques kilomètres. Deux légendes locales lui sont associées : la première attribue sa construction aux fées transportant les pierres dans leur tablier ; la seconde décrit le monument « poussant » de terre comme une plante. La dalle percée, réputée curative, servait de rituel pour les enfants malades, passés à travers le trou, ou les nouveau-nés exposés sur sa surface.
Les fouilles de 1876 révèlent un sol dallé en opus incertum et un mobilier funéraire modeste, reflétant peut-être des pratiques sépulcrales collectives du Néolithique. La hache polie découverte à proximité au XXe siècle confirme l’occupation humaine durable dans la région. Les sociétés savantes du XIXe siècle, fascinées par ce vestige, en dressèrent plusieurs plans, témoignant de son intérêt scientifique précoce.
Classé parmi les premiers monuments historiques français (liste de 1862), le dolmen illustre l’architecture mégalithique du bassin parisien, tout en portant les traces de son exploitation et de sa mythification au fil des siècles. Son état actuel, bien que fragmentaire, en fait un témoin rare des croyances et techniques néolithiques dans les Hauts-de-France.