Origine et histoire du dolmen du Conguel
Le dolmen du Conguel, situé à Quiberon dans le Morbihan, est un dolmen à couloir court daté du Néolithique. Découvert en 1891 par Félix Gaillard, il se distingue par une architecture originale : sa chambre sud-rectangulaire (4 m x 1,70 m) est partiellement creusée dans un affleurement granitique naturel. L'entrée, orientée au nord-est, était précédée d'un couloir aujourd'hui disparu. Le site était recouvert d'un cairn et a livré un mobilier funéraire exceptionnel, dont des poteries décorées ayant permis de définir le type Conguel, caractéristique de cette période.
La fouille a révélé deux phases d'utilisation distinctes, séparées par un dallage en pierres plates. La couche inférieure contenait les restes d'au moins cinq individus accompagnés de vases à fond rond ou plat, ornés de motifs incisés (bandes verticales/horizontales, demi-cercles concentriques). La couche supérieure, plus récente, abritait deux squelettes en position repliée, associés à des vases biconiques de style campaniforme. Ce mobilier, aujourd'hui conservé au Musée d'Archéologie nationale, témoigne de pratiques funéraires évolutives.
Classé monument historique en 1920, le dolmen a subi des dégradations en 1926 lors de travaux adjacents, avant d'être restauré par Zacharie Le Rouzic aux frais de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans. Son emplacement, initialement menacé par la construction du boulevard du Conguel, a finalement été préservé. Les découvertes archéologiques, partiellement publiées par Félix Gaillard en 1892, incluaient aussi des haches polies, des perles et des outils en silex, soulignant l'importance rituelle et sociale du site.
Le dolmen tire son nom du menhir du Conguel, situé à 160 m au nord, qui avait attiré l'attention de Gaillard. Ce dernier, convaincu que les menhirs signalaient des sépultures, avait entrepris des sondages aboutissant à la découverte de la tombe. Les fouilles furent menées par le comte Charles de La Grange, tandis que Gaillard en assura le compte-rendu scientifique. Le site illustre ainsi les méthodes archéologiques naissantes de la fin du XIXe siècle, marquées par des collaborations entre érudits locaux et institutions nationales comme la Société d'Anthropologie de Paris.
L'analyse du mobilier céramique a permis de définir un faciès culturel spécifique, dit type Conguel, caractérisé par des décors incisés géométriques (lignes brisées, motifs concentriques). Ce style, propre à la région, s'inscrit dans les échanges culturels du Néolithique final, période marquée par l'émergence de réseaux d'influence couvrant l'Europe atlantique. Les poteries de la couche supérieure, de facture campaniforme, reflètent quant à elles des contacts avec des traditions venues du sud-ouest de l'Europe, témoignant de la dynamique culturelle de l'époque.