Origine et histoire du dolmen et allée couverte de Kergünteil
Le dolmen et l’allée couverte de Kergünteil, distants d’une centaine de mètres, sont deux monuments mégalithiques situés sur la commune de Trégastel, dans les Côtes-d’Armor. Ces édifices, datés du Néolithique, illustrent les pratiques funéraires et architecturales de cette époque. Le dolmen, composé de trois orthostates et d’une table de couverture de 5,75 m de long, a été réutilisé comme habitation puis étable, altérant partiellement sa structure d’origine. Un menhir, aujourd’hui disparu, se trouvait autrefois entre les deux monuments.
L’allée couverte, longue de 8,50 m, présente une décoration remarquable pour le Néolithique final armoricain (vers -2500). Plusieurs orthostates du côté nord sont ornés de gravures, dont des paires de seins en relief accompagnés de colliers piquetés, ainsi que des représentations stylisées appelées « palettes ». Ces motifs, soigneusement polis, suggèrent une symbolique liée à la fertilité ou au culte des ancêtres. Des fouilles menées en 1939 ont révélé des objets lithiques (haches polies, poignard en silex) et des poteries, dont des « bouteilles à collerette » typiques des échanges culturels entre les côtes de la Manche et la mer du Nord.
Le site a été classé au titre des monuments historiques par arrêté du 8 août 1948, après une restauration controversée en 1939 par la mairie de Trégastel, avec l’aide des habitants. Cette intervention, jugée hasardeuse, a pu altérer certaines caractéristiques originales des monuments. Malgré ces modifications, l’allée couverte conserve des éléments architecturaux intacts, comme ses six orthostates nord et ses sept orthostates sud, recouverts de quatre tables de couverture. Le dolmen, quant à lui, reste adossé à un talus qui pourrait être un vestige de son tumulus d’origine.
Les objets découverts lors des fouilles, notamment des haches polies et des céramiques, sont en partie conservés au syndicat d’initiative de Trégastel. Parmi eux, un poignard en silex de type Grand Pressigny et des « bouteilles à collerette » attestent de liens avec des régions lointaines comme l’Allemagne du Nord ou le Danemark. Ces artefacts, ainsi que les gravures de l’allée couverte, soulignent l’importance culturelle et rituelle du site. Selon une légende locale, le dolmen aurait abrité une fileuse aux capacités surnaturelles, lançant son fuseau à une distance prodigieuse.
L’état actuel des monuments rend difficile la détermination de leur entrée originale, bien que l’hypothèse d’un accès situé au sud-est soit privilégiée pour le dolmen. L’allée couverte, orientée est-sud-est–ouest-nord-ouest, présente une hauteur variable entre 1 m et 1,20 m. Ses orthostates décorés, notamment les piliers n°4 et n°5, offrent un exemple rare de l’art mégalithique armoricain. Des actes de vandalisme modernes ont cependant endommagé certaines gravures, ajoutant aux défis de préservation de ce patrimoine exceptionnel.