Origine et histoire du domaine de la Baronnie
Le domaine de la Baronnie de Douvres-la-Délivrande était une seigneurie dépendant de l’évêché de Bayeux, attestée dès 1072 sous le titre de baronnie. Au Moyen Âge, ce fief prospère abritait une famille proche de Guillaume le Conquérant, dont plusieurs membres devinrent archevêques d’York ou évêques de Bayeux. La découverte de la statue miraculeuse de Notre-Dame de la Délivrande au XIIe siècle, sous l’administration de Beaudouin IV de Reviers, marqua un tournant spirituel pour la région. Les évêques de Bayeux utilisèrent ensuite le domaine comme résidence secondaire jusqu’à la Révolution, accueillant parfois des personnalités comme Louis XI en pèlerinage.
Les bâtiments actuels, classés Monuments Historiques en 1995, datent des XIIIe–XVe siècles et comprennent un manoir (Grand Logis), une grange, et les ruines de la chapelle Saint-Symphorien. Le Grand Logis, restauré pour retrouver son aspect médiéval, révèle des peintures murales du XIVe siècle et une structure typique des domaines anglo-normands, avec une grande salle (aula) et des chambres privées (camera). La porterie et la grange, remaniées aux XIVe–XIXe siècles, témoignent de l’évolution du site, passé d’une exploitation agricole à un bien national vendu en 1789 pour 50 400 livres.
Au XXe siècle, le domaine servit de dispensaire en 1944 pendant la Libération, avant d’être acquis par la municipalité en 1975. Les fouilles archéologiques des années 2000 ont révélé des vestiges de la grande salle détruite par un incendie, ainsi que des éléments décoratifs de la chapelle. Depuis 2012, le Grand Logis, restauré pour 1,6 million d’euros, accueille des réceptions privées. Le Jardin Bleu, créé au XXe siècle, abrite les tombes d’Yvonne Paulmier et d’Agnès Aignan, dernières propriétaires, dans un cadre minéral et végétal inspiré de la poésie persane.
L’ensemble, ceint de murs médiévales sur quatre hectares, illustre l’architecture civile normande et son lien avec l’histoire religieuse. La chapelle, détruite au XIXe siècle, n’en subsiste que des contreforts et des quadrilobes décoratifs, tandis que les écuries du XXe siècle, en cours de rénovation, complètent ce site chargé de mémoire.