Origine et histoire
Le domaine des Colombières, situé à Menton dans les Alpes-Maritimes, est une propriété classée Monument historique, acquise en 1903 par le philosophe Alfred Fouillée, qui y fit construire une maison pour des raisons de santé. Ce noyau initial devint le cœur de la future villa, située sur les hauteurs de Garavan, dominant la baie et proche de la frontière italienne.
En 1918, Émile et Caroline Ladan-Bockairy rachètent le domaine et confient à leur ami Ferdinand Bac, artiste polyvalent, la mission de rénover la villa et d’aménager les jardins entre 1920 et 1932. Bac, inspiré par les cultures méditerranéennes, y fusionne des éléments antiques (colonnes, statues, inscriptions latines) et des souvenirs de voyages, créant une synthèse artistique unique. La villa, agrandie de deux ailes, et les jardins de 3,5 hectares, enrichis de fabriques et d’un caroubier millénaire, incarnent cette vision.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le domaine est réquisitionné par l’armée italienne comme centre de convalescence, ce qui dégrade gravement la propriété. Après la guerre, Caroline Ladan-Bockairy y retourne jusqu’à sa mort en 1957. Le domaine, transformé en hôtel puis en chambres d’hôtes, est restauré entre 1995 et 2000 par Michael et Margaret Likierman. Classé en 1991, il conserve un mausolée vide pour Émile Ladan-Bockairy et Ferdinand Bac, morts à Compiègne en 1952.
Les jardins et la villa reflètent l’héritage de Bac, mêlant architecture pompéienne (enduits rouges, colonnade), éléments symboliques (obélisque, bas-reliefs) et végétations méditerranéennes. La maison originale de 1903, rectangulaire et sur trois niveaux, fut transformée par Bac, qui modifia les ouvertures et réaménagea les intérieurs pour harmoniser l’ensemble avec son projet esthétique et historique.
Le domaine illustre une démarche artistique ambitieuse : éviter une reconstitution archéologique pour extraire l’essence intemporelle des cultures méditerranéennes. Bac décrit sa méthode comme une « synthèse » des formes dépouillées de leurs contextes historiques précis, unifiant les influences grecs, romains et orientaux sous un même climat et une même mer. Cette approche fait des Colombières son œuvre la plus aboutie.
Aujourd’hui, le domaine reste un témoignage exceptionnel de l’éclectisme du début du XXe siècle, où art, histoire et nature dialoguent. Son classement en 1991 protège l’intégralité des bâtiments, de leur décor, des jardins et de leurs éléments statuaires, préservant ainsi la vision originale de Ferdinand Bac et de ses mécènes, les Ladan-Bockairy.