Origine et histoire du Donjon
Le donjon de Bazoges-en-Pareds trouve ses origines au XIe siècle, avec la première mention d’un seigneur local, Thibaut Luneau, en 1056. Ce dernier offre des terres aux moines de Vouvant, et ses fils cèdent l’église du château en 1090. Cependant, peu d’informations subsistent sur ce premier château, si ce n’est l’existence d’une chapelle castrale. La seigneurie reste aux mains de la famille Luneau jusqu’aux alentours de 1370, période marquée par des liens étroits avec les seigneurs de Lusignan. En 1359-1360, les défenses du château sont rasées sur ordre de Guillaume de Parthenay-Larchevêque pour éviter qu’il ne tombe aux mains des Anglais. Une décennie plus tard, en 1380, le même Guillaume ordonne à Jehan Girard, nouveau seigneur après son mariage avec Marie Luneau, de fortifier la place.
La construction du donjon actuel s’échelonne entre 1380 et le milieu du XVe siècle, sous l’égide de la famille Girard. Ces derniers, proches de la couronne française, transforment Bazoges en un symbole de leur puissance. Régnault Girard (vers 1418-1463), ambassadeur de Charles VII et gouverneur de Saint-Michel-en-l’Herm, illustre cette ascension. Son fils Joachim et ses descendants perpétuent cette influence à la cour. Le donjon, de plan rectangulaire et haut de 30 mètres, se distingue par ses 8 niveaux (dont des caves et un grenier), ses cheminées armoriées, et un chemin de ronde étroit doté de 56 mâchicoulis sculptés. Malgré des éléments défensifs, son architecture suggère une vocation d’apparat : tours rectangulaires (moins résistantes que les rondes), fenêtres à meneaux, et sculptures omniprésentes.
Au XVIe siècle, le château passe aux Poussard du Vigean, famille protestante proche d’Henri de Navarre. En 1563, l’assassinat de Jean III Girard entraîne ce transfert. Charles Poussard, nouveau seigneur, subit un siège en 1594 par la Ligue Catholique, repoussé grâce à des renforts locaux. Le site s’enrichit alors d’un porche Renaissance (1525, à l’ouest) et d’un colombier (vers 1540), orné des armes de Jean III Girard et de son épouse, Valentine Lorfeyvre. Ce colombier, comptant 1 980 boulins, témoigne de la richesse seigneuriale. L’enceinte castrale, composée de trois lignes de remparts, englobait aussi l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, construite entre les XIIe et XVIe siècles.
Le déclin débute au XVIIe siècle : vendu vers 1670 aux Baudéan de Parabère, puis en 1769 à la famille Carré de Candé, le château n’est plus habité. Épargné par les Colonnes Infernales en 1794, il est transformé en ferme au XIXe siècle, ses douves comblées et ses remparts partiellement démolis. Classé Monument Historique en 1927, il est racheté par la commune en 1989 et restauré entre 1990 et 1995 grâce à des fonds européens et locaux. Aujourd’hui, le site comprend le donjon (visitable sur 5 niveaux), un jardin médiéval labellisé « Jardin remarquable » en 2018, et un musée d’art et traditions populaires. Des animations, comme les « Médiévales » organisées depuis 2003, y perpétuent son héritage.