Origine et histoire du Donjon Lacataye
Le donjon Lacataye, situé à Mont-de-Marsan dans les Landes, est un ensemble de deux maisons fortes accolées, construites à partir de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle en pierres coquillières. Bien que surnommé « donjon », il s’agit d’un édifice hybride, modifié au XVIe siècle par l’ajout de créneaux, reflétant une vocation à la fois résidentielle et militaire. Ces maisons, édifiées dans l’ancien faubourg de Pujolin sur la rive droite du Midou, surveillaient le cours d’eau et protégeaient le flanc oriental de la cité, alors en expansion.
L’origine du nom « Lacataye » remonte aux années 1960, lors de l’installation du musée Despiau-Wlérick, pour des raisons de promotion culturelle. Auparavant, le site était connu sous les noms de « tour la Cataye », « tour Pujolin » (du nom du quartier), ou « ancienne caserne Lacaze ». Le terme Lacataye dériverait du gascon captalha, lié au latin căpĭtālis (patrimoine, biens mobiliers), évoquant peut-être un lieu de gestion seigneuriale ou agricole. L’emplacement, appelé pujolin (très petite colline en gascon), suggère aussi la présence antérieure d’une motte castrale ou d’une tour primitive.
La construction est attribuée, sans preuve formelle, à Marguerite de Moncade, épouse du vicomte de Foix-Béarn, vers 1313, lorsqu’elle se retire près du couvent des Clarisses de Mont-de-Marsan, dont elle était protectrice. Une hypothèse alternative évoque son père, Gaston VII, ou sa sœur Constance de Moncade, la chapelle romane associée étant attestée dès 1277. Les deux maisons, de style roman, présentent des fenêtres murées dans le mur central, indiquant une construction séquentielle. Elles appartenaient aux vicomtes de Marsan, qui les délaissèrent en quittant la ville. Au XVIe siècle, leur partie supérieure fut remaniée pour renforcer leur rôle défensif.
Le site abritait aussi Marguerite de Navarre (sœur de François Ier et grand-mère d’Henri IV), qui y trouva un « ermitage » propice à la retraite spirituelle. En 1546, elle y rédigea L’Heptaméron, et en 1548, elle y fit représenter La Comédie de Montemarsan, une œuvre mystique mettant en scène des allégories comme la Ravie de l’amour de Dieu ou la Bergère. En 1560, le gouverneur du château de Nolibos s’y installa pour plus de confort. Épargné pendant les guerres de Religion et la Fronde, l’édifice devint une caserne au XIXe siècle après le legs d’Antoine Lacaze, maire de Mont-de-Marsan, en 1860.
De 1860 à 1900, le bâtiment servit de caserne départementale (d’abord pour les troupes, puis comme annexe logistique), avant d’abriter un pensionnat, un centre de gymnastique, et un atelier municipal. En 1925, il accueillit la première émission de TSF de la ville. Classé monument historique en 1942, il fut restauré en 1963 pour devenir le musée Despiau-Wlérick en 1968, dédié à la sculpture figurative du XXe siècle. À proximité, une autre maison romane, aujourd’hui musée Dubalen, témoigne du système défensif médiéval de Mont-de-Marsan.