Origine et histoire du Duchesse Anne
La Duchesse Anne, initialement nommée Grossherzogin Elisabeth, est un trois-mâts carré construit en 1901 au chantier Joh. C. Tecklenborg de Bremerhaven (Allemagne). Conçu comme navire-école pour la marine marchande allemande, il incarne l’innovation avec sa coque en acier profilée, ses équipements modernes (radio, échosondeur, chauffage à vapeur) et ses aménagements fonctionnels pour 200 cadets. Il effectue des voyages de formation en mer Baltique et vers l’Amérique du Sud jusqu’en 1932, marqué par des incidents comme un incendie en 1928 ou une collision en 1931. Pendant les deux guerres mondiales, il est désarmé ou utilisé comme école à quai, avant d’être cédé à la France en 1946 comme dédommagement de guerre.
Rebaptisé Duchesse Anne en hommage à Anne de Bretagne, le voilier est remorqué à Lorient puis Brest, où il sert de casernement avant d’être abandonné et menacé de démolition dans les années 1960-70. Sauvé in extremis par des passionnés, il est racheté par la ville de Dunkerque en 1981. Une restauration titanesque, menée par des bénévoles et des artisans locaux, lui redonne son apparence d’origine entre 1982 et 2001. Classé monument historique en 1982, il devient un navire-musée amarré dans le port de Dunkerque, ouvert au public depuis 2001.
Aujourd’hui, la Duchesse Anne est le seul trois-mâts français visitable en permanence, offrant un témoignage unique de la vie à bord d’un navire-école du début du XXe siècle. Ses espaces restaurés (salles de cours, cabines, cuisine, infirmerie) et ses 92 mètres de longueur en font une attraction majeure du Musée portuaire de Dunkerque. Bien que non navigable, il accueille des expositions, des événements culturels et des animations pédagogiques, tout en symbolisant le patrimoine maritime des Hauts-de-France. Son centenaire en 2001 a été célébré avec des rassemblements de gréements traditionnels.
Le voilier a inspiré des œuvres philatéliques (timbre de 1976 pour un projet de musée avorté à Port-Louis) et cinématographiques (Le Bateau à soupe, 1946 ; Lola, 1961), bien que ces films n’aient pas utilisé le vrai navire. Ses sister-ships allemands, comme le Schulschiff Deutschland (musée à Brême) ou le Statsraad Lehmkuhl (navire-école norvégien), témoignent de leur héritage commun. La Duchesse Anne reste un ambassadeur du patrimoine maritime, malgré des défis de conservation, comme son carénage en 2012 ou les travaux de 2024.
Architecturalement, le trois-mâts se distingue par son coffre central encadré d’un gaillard avant et d’une longue dunette arrière, ses mâts de 48 mètres, et ses innovations techniques (cloisons étanches, production d’eau potable). La restauration a reconstitué son mobilier (banquette rotonde du salon, cabines des officiers) et ses équipements (hamacs, cuisine, salle de cartes en teck), tout en adaptant certains matériaux (acier pour la mâture haute) pour faciliter l’entretien. Géré par le Musée portuaire depuis 2000, il attire 37 000 visiteurs annuels (2023), malgré des critiques sur sa mise en valeur.
Son histoire reflète les bouleversements du XXe siècle : passage de la marine à voile à la motorisation, transitions entre pavillons allemand et français, et sauvetage par des acteurs locaux. Les Amis de la Duchesse Anne, association fondée en 1982, ont joué un rôle clé dans sa préservation, aux côtés d’ingénieurs comme Alain Bryche. Le navire incarne aussi les défis de la conservation du patrimoine flottant, entre authenticité historique et contraintes techniques, comme son gouvernail bloqué ou son lestage à quai.