Origine et histoire de l'École nationale supérieure des beaux-arts
L’École nationale supérieure des Beaux-Arts (ENSBA) occupe les locaux de l’ancien couvent des Petits Augustins, fondé au début du XVIIe siècle sur des terrains offerts par la reine Margot. Ce couvent, construit à partir de 1619, abritait une chapelle hexagonale (la « chapelle des louanges ») et un cloître, aujourd’hui intégrés à l’école. Après la Révolution, le site devient en 1795 le musée des Monuments français, créé par Alexandre Lenoir pour sauver des œuvres menacées, comme les tombeaux des rois de France. Le musée ferme en 1816 sous la Restauration, et Louis XVIII affecte les lieux à la nouvelle École des beaux-arts.
L’école actuelle est officiellement fondée en 1817, mais son origine remonte à l’Académie royale de peinture et de sculpture (1648) et à l’Académie de Saint-Luc (refondée en 1649). Les bâtiments sont profondément remaniés par les architectes François Debret (à partir de 1819) et Félix Duban, qui intègrent des éléments du château d’Anet et de l’hôtel de Gaillon, sauvés du musée des Monuments français. Duban conçoit le Palais des Études (achevé en 1829) et les cours d’honneur, mélangeant styles néoclassique et réemplois historiques. L’école s’étend encore en 1883 avec l’acquisition de l’hôtel de Chimay (XVIIe–XVIIIe siècles).
Le site est un témoin de l’enseignement artistique français, abritant des collections exceptionnelles : 450 000 œuvres (peintures de Poussin, David, Ingres, 20 000 dessins, 3 700 sculptures, etc.), héritées des académies royales et des envois de Rome. Ces collections, partiellement exposées dans le cabinet Jean Bonna (2005), illustrent l’évolution des beaux-arts depuis le XVe siècle. L’école, classée monument historique en 1972, reste un lieu de formation et de création, malgré des transformations controversées (ateliers d’Auguste Perret post-1945, surélévations des années 1970).
L’ENSBA a aussi été un acteur des réformes artistiques et sociales. En 1897, après des décennies d’exclusion, les femmes sont admises grâce à l’action d’Hélène Bertaux et de l’Union des femmes peintres et sculpteurs. En 1968, le ministre André Malraux sépare l’architecture des beaux-arts, créant les Unités pédagogiques d’architecture (UPA) pour moderniser l’enseignement. L’école célèbre ses 200 ans en 2017 avec la restauration de ses bâtiments et l’ouverture d’un musée retraçant son histoire.
Le patrimoine architectural du site mêle vestiges médiévaux (chapelle de Margot), éléments Renaissance (façade d’Anet), et créations du XIXe siècle (salle Melpomène, cours d’honneur). Les protections au titre des monuments historiques couvrent l’ensemble du site : classement en 1914 pour la façade d’Anet, en 1921 pour les cours, et en 1972 pour la totalité de l’école. Malgré des ajouts modernes (ateliers Perret, médiathèque des années 1990), l’ENSBA conserve une unité stylistique unique, fruit de sa double histoire monastique et académique.