Frise chronologique
vers 1132
Fondation de l’abbaye
Fondation de l’abbaye
vers 1132 (≈ 1132)
Par des moines de Bégard, site bénédictin antérieur.
1134
Règle monastique édictée
Règle monastique édictée
1134 (≈ 1134)
Travail manuel et agriculture centraux.
1375
Pillage par le duc de Lancastre
Pillage par le duc de Lancastre
1375 (≈ 1375)
Guerre de Cent Ans.
1598
Pillage pendant les guerres de Religion
Pillage pendant les guerres de Religion
1598 (≈ 1598)
Par des brigands dirigés par La Fontenelle.
1789
Abolition de la quévaise
Abolition de la quévaise
1789 (≈ 1789)
Nuit du 4 août, suppression des droits féodaux.
1914
Classement monument historique
Classement monument historique
1914 (≈ 1914)
Protection de l’église abbatiale.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Classé MH
Personnages clés
| Saint Paul Aurélien - Fondateur légendaire (VIe siècle) |
Abbé bénédictin de Gerber, précurseur du site. |
| Saint Tanguy - Premier abbé présumé |
Mort en 572, lié à la bataille de 555. |
| Guillaume Le Roux - Abbé élu en 1542 |
Opposé à André de Torsolis, nommé par Henri II. |
| Dom Claude-François Verguet - Dernier prieur (années 1780) |
Devenu vicaire épiscopal après 1789. |
| Jean-Baptiste Moreau - Prieur (1680–1715) |
Restaure partiellement l’abbaye au XVIIe. |
| René de Rieux - Père-abbé (1600–1651) |
Mène des restaurations au XVIIe siècle. |
Origine et histoire
L’abbaye du Relec, fondée vers 1132 par des moines de Bégard, s’implante dans la vallée du Queffleut, sur un site probablement occupé dès le VIe siècle par une abbaye bénédictine liée à saint Paul Aurélien. Les cisterciens, suivant la règle de saint Benoît, y développent une vie de prière, d’étude et de travail agricole, défrichant des terres ingrates. Leur système hydraulique innovant (étangs, fontaines, douves) irrigue jardins et bâtiments, tandis que leur modèle économique, la quévaise, attire des paysans en échange de droits stricts.
La quévaise, système agraire original proche du communisme agraire, façonne la région pendant sept siècles. Les moines attribuent des lopins égaux aux paysans (quevaisiers), sous conditions strictes (interdiction de clôtures, héritage au plus jeune enfant). Ce modèle, bien que contraignant, favorise une vie communautaire rare en Bretagne et influence durablement les mentalités locales, expliquant partiellement l’ancrage ultérieur des idées socialistes. Les tensions avec les paysans, exacerbées par des droits seigneuriaux lourds, culminent dans des révoltes (1727) avant l’abolition du système en 1789.
L’abbaye, prospère jusqu’au XVe siècle, décline à partir des guerres de Religion (pillage en 1598). Malgré des restaurations partielles aux XVIIe–XVIIIe siècles, elle tombe en ruines avant la Révolution, ne comptant plus que quatre moines en 1790. Vendue comme bien national, son église devient une étable. Classée en 1914, elle est aujourd’hui partiellement restaurée, avec une nef romane à trois vaisseaux, un transept gothique et des chapiteaux sculptés. Son pardon annuel, célébré chaque 15 août, attire toujours des milliers de fidèles.
Les moines du Relec jouent un rôle clé dans l’essor économique des monts d’Arrée, notamment via l’activité toilière. Leur influence sociale s’étend aux juloded (paysans aisés), dont ils favorisent l’ascension en tant que tuteurs. L’abbaye, dotée de quatre poteaux de justice dès 1498, possède aussi un système hydraulique remarquable : deux étangs, trois fontaines (dont une dédiée à Notre-Dame, réputée miraculeuse) et des douves protégeant les jardins. Ces aménagements, couplés à des foires annuelles (jusqu’au XIXe siècle), en font un pôle religieux et commercial majeur.
Architecturalement, l’abbatiale mêle roman et gothique : chevet plat, chapelles absidiales modifiées au XIIe siècle, voûtes du XVe et façade classique de 1785. Ses sept chapiteaux romans, ornés de motifs végétaux, et son retable baroque (XVIIe siècle) témoignent de son riche passé. Des peintures murales des XIIe–XVe siècles, découvertes en 2015, révèlent des scènes bibliques rares dans une abbatiale cistercienne. Aujourd’hui propriété du Finistère, le site est animé par l’association Abbati ar Releg, qui y organise concerts et expositions.