Origine et histoire
L'église Saint-Martin de Montseveroux, édifiée principalement au XIIe siècle (seconde moitié présumée), est un exemple caractéristique de l'architecture romane dauphinoise. Construite en moellons de molasse et briques, elle adopte un plan à nef unique prolongée d'un transept et d'une abside semi-circulaire, le tout couvert de lauzes. Son portail occidental en plein cintre, surmonté d'un oculus, et ses chapiteaux à feuillages illustrent le style roman sobre mais élégant de la région. L'édifice a été agrandi vers l'ouest en 1852, comme en témoignent les baies plein cintre percées à cette époque.
Les peintures murales qui ornent le chœur et le transept révèlent une stratification historique remarquable. Le décor le plus ancien identifiable est une litre funéraire du début du XVIIe siècle, commémorant Jean Buffevent de Murinais (mort en 1620), gentilhomme de la Chambre du Roi. Superposés à ce premier niveau, des décors du XVIIIe siècle organisés en trois registres mêlent colonnes ioniques peintes, rinceaux végétaux et cieux étoilés en trompe-l'œil. Des sondages ont également mis au jour des fragments de décors médiévaux du XIVe siècle et un enduit gris du XVIe siècle, attestant d'une occupation et d'embellissements continus.
Classée partiellement aux Monuments historiques depuis 1979 (abside et transept), l'église abrite deux éléments mobiliers protégés : une plaque commémorative du XIVe siècle, classée en 1952, évoquant la mort du curé Jean de Bourgoin en 1325, et un reliquaire-monstrance des XVIIe-XIXe siècles, inscrit en 1987. Les fouilles archéologiques menées en 1978 dans le transept sud ont exhumé des ossements et artefacts antiques et médiévaux, confirmant l'ancienneté du site. Les peintures, restaurées en 1986, souffrent aujourd'hui de problèmes d'humidité, comme l'a révélé un diagnostic en 2021.
L'église s'inscrit dans un ensemble patrimonial cohérent avec le château voisin, également inscrit aux Monuments historiques. Son emplacement central dans le bourg, en retrait de la rue des cadrans solaires, souligne son rôle historique de pivot social et religieux pour la communauté. Les matériaux locaux (molasse rose, lauzes) et les techniques constructives (voûtes en berceau, coupole maçonnée) reflètent les savoir-faire régionaux, tandis que les ajouts postérieurs (clocher, agrandissement) témoignent de son adaptation aux besoins cultuels au fil des siècles.
La litre funéraire de 1620 et la plaque de 1325 offrent des repères chronologiques précieux pour comprendre l'évolution du monument. La première, dédiée à un noble proche du roi, illustre les liens entre l'aristocratie locale et la monarchie sous Henri IV-Louis XIII. La seconde, commémorant un curé, rappelle l'importance du clergé paroissial dans la vie quotidienne médiévale. Ces éléments, combinés aux découvertes archéologiques, font de l'église un palimpseste architectural où se superposent près de neuf siècles d'histoire dauphinoise.