Origine et histoire
L'église de l'Ordination-de-Saint-Martin de Blond, édifiée au XIIe siècle dans un style roman, se distingue par son plan initial simple : une nef rectangulaire unique prolongée par une abside semi-circulaire, sans déambulatoire ni bas-côtés. Sa structure à deux étages, marquée par des corniches, suggérait initialement un clocher imposant, renforcé plus tard par des contreforts massifs. Les dimensions vastes de la nef, dépourvue de voûte en berceau, reflètent l'ambition architecturale de l'époque romane en Limousin.
Durant les guerres de Religion (seconde moitié du XVIe siècle), l'église subit pillages et destructions par les troupes protestantes. En octobre 1567, 2000 soldats calvinistes commandés par Saint-Cyr dévastent le bourg et volent les ornements sacrés, cachés chez un habitant. Deux ans plus tard, en juin 1569, 400 cavaliers huguenots incendient le clocher. Ces événements poussent les paroissiens, sous l'impulsion du curé Martial Micheau (1565–1613), à fortifier l'édifice : ajout d'un troisième étage, créneaux, mâchicoulis, et contreforts défensifs. Ces aménagements permirent de repousser des attaques ultérieures, comme en juillet 1580, où l'église servit de forteresse aux habitants.
Les sculptures d'art populaire ornant l'église, longtemps attribuées au XVIIe siècle, furent en réalité commandées après les destructions révolutionnaires. Un devis de 1817 et un certificat de 1820 attestent leur réalisation par Louis Brunier, ébéniste à Bellac. Cinq statues (saint Martin, saint Martial, saint Pardoux, saint Cloud, saint Roch) illustrent ce renouveau artistique, mêlant iconographie traditionnelle et costumes du début du XIXe siècle. Saint Martin, patron de la paroisse, est représenté en évêque bénissant, tandis que saint Roch, en pèlerin, révèle sa jambe ulcérée, symbole de la peste.
L'église conserve une cloche légendaire fondue en 1636, surnommée le gros bourdon, réputée pour éloigner les orages. Une inscription latente raconte sa création sous le parrainage de Pierre de Nollet, seigneur local, et de Marguerite d'Asnières, dame de Drouilles. Deux légendes locales évoquent des tentatives de vol nocturne du bourdon, déjouées par son son miraculeux. La première variante lie même l'origine du nom Blond au mot patois « bloum », onomatopée du son de la cloche.
Au XIXe siècle, l'édifice subit des transformations majeures : en 1884, une voûte en pierre remplace le plafond initial, soutenue par des colonnes neuves, tandis qu'un ouragan en 1935 endommage le clocher. Les réparations qui suivirent, incluant un nouveau beffroi, effacèrent partiellement les traces des fortifications du XVIe siècle. Malgré ces modifications, l'abside et la façade défensive, classées Monument historique depuis 1926, restent les éléments les plus emblématiques de l'édifice.
Les archives paroissiales, tenues par Martial Micheau, offrent un témoignage rare sur la vie locale pendant les guerres de Religion. Elles décrivent les stratégies de résistance des habitants, comme l'utilisation du cimetière pour les offices pendant les sièges, ou la trahison supposée de Guillaume Gravier, contraint de révéler la cache des ornements sacrés. Ces documents, couplés aux visites archiprêtrales du XVIIIe siècle, révèlent une paroisse active de 1500 communiants, dirigée par des curés tels Jean-François Lageneste (1755–?), décrit comme « capable et zélé ».