Origine et histoire de l'Église de la Madeleine
L’église de la Madeleine d’Aix-en-Provence trouve ses origines en 1218, lorsque les Frères prêcheurs (dominicains) s’installent dans la ville grâce à Raimond-Bérenger V de Provence, qui leur cède un terrain près de son palais. Leur couvent, dédié à saint Dominique, et son église, dédiée à Notre-Dame, sont achevés en 1277 sous Charles Ier d’Anjou. Un incendie en 1383, suivi d’un tremblement de terre cinquante ans plus tard, détruit partiellement l’édifice. Reconstruite hâtivement, l’église s’effondre à nouveau en 1485. Elle est relevée et consacrée en 1450 sous le nom de Notre-Dame-de-Pitié, devenant un lieu politique clé : c’est dans son réfectoire que les États de Provence décident en 1487 de rattacher la région à la France.
Entre 1691 et 1703, l’église est entièrement reconstruite par les maîtres maçons Jean et Laurent Vallon, ainsi que par le plâtrier Esprit Ravanas, sur les plans de l’église gothique originale. Plusieurs éléments médiévaux sont conservés dans ce nouvel édifice de style classique. La façade, quant à elle, est remaniée entre 1855 et 1860 par l’architecte aixois Henri Révoil, qui y ajoute un tympan sculpté par Auguste Bosc représentant Jésus entre Marthe et Madeleine. L’orgue, chef-d’œuvre de Jean-Esprit Isnard (1743), compte 3 500 tuyaux et reste l’un des mieux conservés de France, avec 80 % de sa partie sonore d’origine.
L’église joue un rôle central dans la vie religieuse et culturelle d’Aix-en-Provence. Elle abrite des œuvres majeures, comme Le Martyre de saint Paul de Theodor Boeyermans (volé à Anvers en 1794) ou La Mort de saint Joseph de van Loo (1711), ainsi que des tombes de familles nobles, dont celles des Joannis de La Brillanne ou de Gervais de Beaumont, premier président du parlement. Fermée au public depuis 2006 en raison de problèmes de stabilité — aggravés par le tremblement de terre de 1909 et des commerces adjacents — elle fait l’objet de travaux de restauration jusqu’en 2025. Classée monument historique en 1988, elle est considérée comme l’une des plus belles églises des Bouches-du-Rhône.
Son histoire reflète les bouleversements politiques et religieux de la région. En 1790, les dominicains sont chassés, et l’église devient tour à tour paroisse constitutionnelle, Temple de la Raison en 1798, puis est rendue au culte en 1802 sous le nom de Sainte Marie-Madeleine, remplaçant une église homonyme détruite. Des personnalités marquantes y sont baptisées, comme le poète François de Malherbe (1585), le compositeur André Campra (1660), ou le peintre Paul Cézanne (1839). Aujourd’hui, ses 180 œuvres d’art, dont le Triptyque de l’Annonciation de Barthélemy d’Eyck (1443-1444), sont préservées en attendant la réouverture du site.