Origine et histoire de l'Église de la Madeleine
L’église de la Madeleine de Montargis, principale église paroissiale de la ville, est un édifice composite dont la construction s’échelonne du XIIe au XVIe siècle. Son histoire débute avec une nef romane édifiée à la fin du XIIe siècle, probablement sous l’impulsion de Philippe Auguste, qui marque l’émancipation de la paroisse vis-à-vis du pouvoir seigneurial local. Cet espace initial, sobre et dépouillé, constitue encore aujourd’hui le vaisseau occidental de l’édifice, témoignant des premières ambitions cultuelles de la communauté montargoise.
La transformation majeure de l’église intervient au XVIe siècle, à la suite de l’incendie dévastateur de 1525 qui ravage une grande partie de Montargis. Le chœur, entièrement reconstruit entre 1526 et 1608, devient le joyau architectural de l’édifice. Financé par le roi François Ier dès 1526, sa conception innovante en église-halle — où vaisseau central, collatéraux et déambulatoire atteignent une hauteur identique — s’inspire des modèles italiens et des Hallenkirchen allemandes. Les chapelles latérales, voûtées entre 1571 et 1572, et le déambulatoire (achevé en 1586) créent un espace liturgique unifié, tandis que la dédicace solennelle de 1618 marque l’aboutissement d’un chantier marqué par les guerres de Religion (l’église est pillée par les huguenots en 1562-1567).
L’attribution du chœur à Jacques Androuet du Cerceau, architecte renommé lié à la cour de Renée de France (fille de Louis XII, installée à Montargis), reste hypothétique mais plausible. Du Cerceau, présent dans la ville dès 1560 et résident permanent à partir de 1581, aurait pu influencer le parti architectural tardivement, notamment dans le traitement élancé des vaisseaux. Les voûtes en brique et plâtre du vaisseau central, ajoutées en 1860, remplacent une charpente primitive, tandis que la flèche néo-gothique du clocher (1863) et les chapelles droites de la nef sont l’œuvre d’Eugène Viollet-le-Duc et d’Anatole de Baudot, dans le cadre d’une restauration ambitieuse. Les vitraux, majoritairement issus des ateliers Lobin de Tours (années 1860), incluent des scènes rares comme la représentation de Japonais convertis ou l’épisode légendaire du chien de Montargis, symbole local.
Classée Monument Historique en deux temps (1909 pour l’édifice hors clocher, 2000 pour la totalité), l’église de la Madeleine incarne les strates historiques de Montargis. Son chevet Renaissance, visible depuis la place Mirabeau, contraste avec la façade occidentale discrète, ouverte sur une ruelle étroite. L’édifice, marqué par les conflits religieux et les restaurations du XIXe siècle, reste un témoignage majeur de l’architecture sacrée en Val de Loire, mêlant héritage médiéval et audaces de la Renaissance.
Le contexte urbain de Montargis, surnommée la « Venise du Gâtinais » pour ses 131 ponts et canaux, explique partiellement la localisation exiguë de l’église. Enserrée dans un tissu médiéval dense, elle dialogue avec les vestiges des remparts (intégrés à des hôtels particuliers comme l’hôtel Desormeaux) et les bâtiments conventuels voisins, tels l’ancien couvent des Ursulines. La présence d’une communauté chinoise importante au début du XXe siècle (dont Deng Xiaoping et Zhou Enlai) ajoute une dimension cosmopolite à ce patrimoine, tandis que les vitraux du XIXe siècle, comme celui de la Cène restauré en 1995, soulignent la volonté de réinterprétation historique propre à l’époque romantique.