Origine et histoire de l'Église de la Madone del Poggio
L'église de la Madone del Poggio, située à Saorge dans les Alpes-Maritimes, est mentionnée pour la première fois en 1092 dans un cartulaire de l'abbaye de Lérins. Ce document atteste d'une donation confirmée par l'évêque de Vintimille, suggérant l'existence préalable d'une chapelle ou église paroissiale. Le site, alors intégré dans un réseau de routes commerciales entre la Ligurie et les Alpes, devient un prieuré bénédictin dépendant de Lérins. Les premières structures, datant de la fin du XIe siècle, comprenaient une nef centrale voûtée en cul-de-four et une abside, complétées peu après par des collatéraux et un clocher partiel.
Au XIIe siècle, le prieuré s'affirme avec la présence d'un prieur attesté en 1177. L'église subit des transformations majeures : voûtement de la nef centrale, rehaussement des murs et ouverture d'arcatures pour relier les nefs. Ces modifications reflètent l'importance croissante du site, lié aux conflits entre les comtes de Provence, de Vintimille et la république de Gênes. Saorge, cédée à la Savoie en 1388, voit son église devenir un lieu de sépulture privilégié pour les habitants, malgré des problèmes d'entretien signalés dès 1468.
Les XVe et XVIe siècles marquent une période de déclin et de rénovations. En 1465, l'incendie de l'église paroissiale Saint-Sauveur pousse les paroissiens à financer des fresques dans la Madone del Poggio, attribuées à Giovanni Baleison. Ces peintures, classées en 1982, représentent des scènes mariales et sainte Lucie. Le clocher, ruiné en 1468, est restauré et surélevé en 1511. Au XVIe siècle, l'église est modifiée (percement de la façade ouest, transformation des arcades) et reste en bon état selon les rapports de 1587.
Après la fermeture révolutionnaire en 1794 et sa vente à la famille Daveo en 1795, l'église est rendue au culte en 1823 par l'évêque de Nice. Les fresques, recouvertes d'un badigeon au XIXe siècle, sont redécouvertes en 1966. Classée Monument historique en 1913, elle bénéficie de restaurations (clocher en 1909, couvertures en 1938). Son histoire reflète les enjeux politiques et religieux de la vallée de la Roya, entre Provence, Savoie et Gênes.
L'analyse architecturale de Jacques Thirion a permis de dater les phases de construction, révélant une superposition de styles romans et gothiques. Les donations successives (XIVe siècle) et les conflits entre l'abbaye de Lérins et la cure locale (arbitrage de 1215) illustrent son rôle central. Les peintures murales, comparables à celles de Venanson, témoignent d'un patrimoine artistique préservé malgré les aléas historiques, depuis les Sarrasins jusqu'à la Révolution.