Origine et histoire de l'Église de la Nativité-de-la-Sainte-Vierge
L’église de la Nativité-de-la-Sainte-Vierge de Mézy-Moulins, située dans l’Aisne, est mentionnée pour la première fois entre 1108 et 1126 sous l’épiscopat de Lisiard de Crépy, évêque de Soissons. La cure dépendait alors alternativement du prieuré clunisien de Coincy et de l’abbesse de Jouarre. Son importance s’explique peut-être par sa position stratégique : le village, situé à un passage de la Marne et au croisement de routes majeures (Soissons-Troyes et Châlons-Lagny), abritait un pont détruit en 1172 et des moulins. Une tradition locale, non prouvée, évoque une proximité avec une maison templière, hypothèse avancée pour justifier la richesse architecturale de cette église rurale.
L’édifice, construit aux XIIe et XVe siècles, a échappé aux conflits majeurs comme l’invasion de Thibaud IV de Champagne (1229-1230), la Guerre de Cent Ans ou les guerres de religion. Cependant, le clocher s’effondre en 1670, entraînant la destruction partielle de la voûte et du jubé. La reconstruction, achevée en 1685, modifie certains éléments (triforium obturé, arcs-boutants repris). Classée monument historique en 1862, l’église, en pauvreté état au XIXe siècle, est restaurée à partir de 1904, avec une interruption pendant la Première Guerre mondiale. Les travaux, menés par les architectes Émile Brunet et J. Tillet, s’achèvent en 1933.
Architecturalement, l’église se distingue par son plan basilical sans transept, une nef à quatre travées avec bas-côtés, et un chœur prolongé d’une abside à sept pans. Son élévation à trois niveaux (grandes arcades, triforium, fenêtres hautes) est atypique pour une église rurale, rappelant des modèles comme l’abbatiale d’Orbais. La façade, ornée d’une rosace à douze rayons, et le cimetière adjacent, abritant une croix classée, complètent cet ensemble patrimonial. Les dimensions (27 m de long, 13 m de large, 13,90 m sous voûte) soulignent son ampleur pour un village de cette époque.
La terre de Mézy relevait des comtes de Champagne, et sa cure fut confirmée en 1183 par l’évêque Nivelon de Quierzy parmi les donations au prieuré de Coincy, dépendant de Cluny. Cette tutelle clunisienne dura jusqu’au XVIIe siècle, comme en témoigne la perception des dîmes par le prieur commendataire en 1668. L’absence de dégâts pendant les guerres et la qualité de sa construction (liée à sa position géographique) en font un témoin rare de l’architecture religieuse médiévale en Picardie.