Origine et histoire de l'Église de Saint-Nectaire de Saint-Nectaire
L'église Saint-Nectaire, dédiée à Nectaire d'Auvergne, est un chef-d'œuvre de l'art roman auvergnat édifié entre 1146 et 1178 sur le mont Cornadore. Elle fait partie des cinq « grandes églises romanes d'Auvergne », aux côtés de Notre-Dame-du-Port (Clermont-Ferrand) et Saint-Austremoine (Issoire). Son architecture se distingue par un chevet à chapelles rayonnantes, un « massif barlong » supportant le clocher, et une décoration sobre en polychromie noire, brune et beige. Classée dès 1840 parmi les premiers monuments historiques français, elle fut restaurée au XIXe siècle par Louis-Clémentin Bruyerre après la destruction de ses tours en 1794.
La nef, voûtée en berceau, s'appuie sur des bas-côtés surmontés de tribunes, tandis que le narthex – vestibule symbolique – mène à un espace sacré éclairé par des fenêtres indirectes. Les chapiteaux, sculptés de scènes bibliques (Passion, Résurrection) et de la légende de saint Nectaire, furent restaurés en 2006-2007, révélant des traces de polychromie médiévale. Le chœur, en cul-de-four, abritait autrefois un autel-reliquaire dédié à saint Nectaire, évangélisateur de l'Auvergne mort au IIIe siècle. Le prieuré, dépendant de l'abbaye de la Chaise-Dieu, fut fondé vers 1146 après la donation du territoire par Guillaume VII, comte d'Auvergne.
L'église illustre l'apogée de l'architecture romane auvergnate, combinant harmonie des volumes et symbolisme liturgique. Ses particularités incluent des trompes sous la coupole, un déambulatoire aux modillons sculptés, et des vitraux absents à l'origine – la lumière filtrant par des baies étroites. Victime de vols en 1907 (buste de saint Baudime, bras reliquaire de saint Nectaire), elle retrouva ses trésors après l'arrestation des voleurs, les frères Thomas. Aujourd’hui, elle reste un témoignage intact des innovations constructives du XIIe siècle, comme l’absence d’arcs doubleaux dans la nef centrale.
Le style roman auvergnat de Saint-Nectaire se caractérise par l’usage de la pierre volcanique (trachyte), des toits en appentis encadrant le clocher, et une façade ouest reconstruite au XIXe siècle. Les influences carolingiennes persistent dans les arcs diaphragmes de la croisée, tandis que les chapiteaux narratifs – comme ceux de la Transfiguration ou du Jugement dernier – reflètent un programme iconographique riche. La restauration de 1874 redonna aux tours leur aspect médiéval présumé, avec des flèches pyramidales en tuiles rouges, uniques éléments colorés de l’édifice.
Saint Nectaire, figure tutélaire, est célébré dans plusieurs chapiteaux : on le voit dompter le diable, ressusciter des morts, ou prêcher. Ces scènes, mêlées à des motifs apocalyptiques (Cavalier de la Mort, Balance des âmes), soulignent le rôle pédagogique de l’église. Le massif barlong, typique de la région, accentue la verticalité du chevet, tandis que les modillons à copeaux ornent les corniches. Malgré des pillages et des restaurations, l’édifice conserve une unité stylistique remarquable, classée au patrimoine mondial par son authenticité et son influence sur l’art roman européen.